Alina Simone

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le 27.03.2007 à 06:00 · par Eric F.

Régulièrement sur Millefeuille, un artiste que nous aimons viendra nous parler d'un de ses disques préférés, qu'il s'agisse de l'album de sa vie ou d'une découverte récente. La New-Yorkaise Alina Simone, dont le premier album Placelessness sort cette année, entame joliment cette série :

"Si je pouvais être la fille que tout le monde dévisage à un bal, celui-ci se tiendrait au Milestone Club en Caroline du Nord. Perdu au milieu d'un dédale d'accès d'autoroutes et d'échangeurs, le long d'une route sinueuse qui s'enfonce dans les quartiers ouvertement "louches" de la ville se trouve The Milestone : une maison dans un état de décrépitude avancé avec un parking poussiéreux, entourée de petits magasins miteux aux enseignes non moins miteuses. Voilà comment on bâtit un monument au rock'n'roll : prenez de la terre et du contreplaqué, mélangez les avec de l'eau, laissez sécher au soleil, recouvrez le tout avec des milliers d'autocollants de groupes puis appliquez quelques graffitis.

La première fois que j'ai donné un concert au Milestone, la musique qui passait au bar m'a toute de suite plu, elle m'a un peu fait penser à Daniel Johnston. Je suis allée voir le barman, qui avait une barbe digne de ZZ Top, un fort accent sudiste et des yeux bienveillants, pour lui demander ce qu'on était en train d'écouter. Le barman m'a répondu "C'est Andy, le type qui travaille à l'entrée". Il se trouve qu'il y avait effectivement un type à l'entrée, coincé dans une petit cabine près de la porte. Un jeune gars aux cheveux en pagaille, des yeux sauvages et un regard satisfait. Je suis allée lui dire que j'aimais beaucoup sa musique.

Plusieurs mois après, j'ai reçu un message du promoteur du Milestone me demandant si je voulais y jouer un dimanche soir. Je lui ai dit oui sans même y réfléchir et quelques semaines plus tard, j'ai pris ma voiture pour effectuer les abrutissantes deux heures et demi d'autoroute qui séparent ma maison à Carrboro de Charlotte.

Je ne le savais pas, mais je faisais la première partie d'Andy The Door Bum. C'était un concert pour fêter la sortie de son disque. C'était la même musique que j'avais entendue au bar l'été précédent et il se trouve que c'est le meilleur concert que j'ai pu voir cette année. Andy jouait sur une guitare acoustique qui donnait l'impression d'avoir été trainée dans les bois par une pelleteuse pendant une bonne quinzaine de kilomètres. Pendant près d'une demie-heure, il l'a pilonnée comme un possedé, son visage se promenant par dessus comme une image floue, ses cheveux comme une auréole sauvage. Le public a adoré et moi aussi.

Son album s'appelle Mt. Holly Sessions et il est rempli de chansons à boire, de chansons d'amour déchirées, de blues punk, de rock sudiste et de ballades irréelles. Elles sont extrêmement plaisantes sans être pour autant simples, pimentées par des samples spoken-word, des rythmes tribaux, quelques touches de mandoline et de flute et des références à des fumeurs de crack ou à la mythologie grecque. Parfois d'une beauté crue, ses chansons peuvent aussi être hilarantes ou méchamment entraînantes. Enregistrées avec ce qui semble être quelques micros placés dans une pièce quelque part à Mount Holly en Caroline du Nord, elles sonnent toujours directes, d'une grande immediateté. Chapeau à Robert Childers dont la production et le savant jeu de batterie vous propulsent directement au premier rang du meilleur concert en appartement jamais donné.

Pour trois dollars, j'ai acheté une poignée de zines à Andy avant son concert. Quand je lui ai demandé ce qu'il y avait dedans il m'a répondu "Rien que des histoires de taré sur moi et ma famille, des trucs du genre". Je les ai lus quelques jours après et Andy avait raison : sa famille est vraiment tarée ! Il y a un père rusé qui, totalement bourré, ne parvient pas à échapper aux flics lancés à sa poursuite sur l'autoroute, des mésaventures avec Poison Ivy, des proches ou des amis qui meurent de morts absurdes ou qui finissent complètement fous. On pourrait donc facilement catégoriser Andy comme un "outsider artist", un marginal. En clair, s'il venait à mourir d'une overdose d'héroïne ou de steaks au fromage frits, il deviendrait instantanément une star. Mais pourquoi attendre qu'Andy meure ? Apprécions-le pendant qu'il est en vie, qu'il écrit des fanzines, qu'il fait une musique terrible et qu'il travaille à l'entrée du Milestone Club."

Vous pouvez le retrouver ici :

(Texte traduit avec l'aide de Jean-Yves B.)

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Photo Article Alina Simone Présente, Dans La Série Les Chanteurs Sont Nos Amis

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