B.Balthazar

En marge de Chokebore

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le 12.05.2003 à 12:00 · par Eric F.

A l'occasion de la tournée française de B. Balthazar, aka Troy, aka Bruno Von Balthazar, millefeuille a suivi le leader de Chokebore sur deux dates, Rennes et Nantes, les 1er et 3 mai 2003. L'occasion de découvrir les titres qu'a écrit B.Balthazar en marge de Chokebore et pour millefeuille de faire une interview sous tension, à quelques heures de son premier concert en tant que tête d'affiche.

Première étape en ce 1er Mai, au Sablier de Rennes, bar d'une centaine de places au grand maximum. La venue idéale pour un concert intimiste, ce qui semble ravir Troy : "Je peux jouer n'importe où, la musique passe avant tout, mais je pense que des petites salles et des bars se prêtent bien a mes morceaux". Rencontré après un long sound check, Troy insiste longuement sur sa motivation quant à ce nouveau projet : "Tout ça a vraiment un sens pour moi, c'est très important, je suis toujours dans Chokebore, mais j'aimerais que B. Balthazar prenne une importance aussi grande que le groupe". Ca ne fait pas de doute, on a face à nous un grand passionné qui ne vit que pour sa musique : "Je n'ai pas de vie privée, pas de copine, je ne sors jamais le soir, je passe mon temps en tournée ou à écrire des chansons". Selon son estimation, trois albums seraient déjà prêts à être sortis, mais le bonhomme a une opinion bien arrêtée sur le monde de la musique : "Tout ce qui est autour de la musique craint vraiment, il y a plein de gens qui tournent autour des groupes alors qu'ils n'ont rien à faire là. C'est vraiment malsain, il faut se dire qu'il y a un groupe sur mille qui a assez de soutien de la part de son label pour pouvoir faire ce qu'il veut. J'ai décidé de faire cette tournée solo de ma propre initiative, c'est moi qui me suis occupé de trouver les dates, je contrôle tout, c'est beaucoup plus simple et amusant".

La vie sur la route, il connaît par coeur et retient plus particulièrement de ses voyages des souvenirs des "Alpes Suisses, de Sarajevo, du Japon et de la Slovénie, où les gens sont tous très spéciaux. Et puis la France aussi". Un moyen de faire plein de nouvelles connaissances, mais les galères liées au joies de la vie de " rock star ", Troy connaît : après l'album Black Black, pas un sou en poche, à dormir dans sa voiture, il comprend petit à petit qu'écrire et jouer de la musique est sa seule planche de salut. C'est cette vie remplie hauts et de bas qui lui fait désormais dire qu ' "un bon jour est un jour où j'ai pu manger". Quant on lui demande si il aurait pu tenir la place de Kurt Cobain, Chokebore ayant ouvert pour Nirvana en 1994, il répond sans hésiter : "Aucun problème ! bien sur ça doit être chiant d'être assez célèbre, mais comme je ne l'ai jamais été, je ne peux pas dire que ça ne me tente pas. Kurt avait plusieurs raisons pour se suicider, mais s'il n'avait rien fait de tel, on n'en aurait pas fait une telle icône, les groupes copiant Nirvana sont arrivés vers ce moment et personne n'aurait plus trop fait attention à eux".

De la chrysalide de Chokebore est sorti un gracieux papillon à l'écriture se délestant des artifices bruyants du groupe et se fait donc intime, on retrouve même le piano si peu utilisé en formation groupe. En solitaire, B. Balthazar sonne pop au sens où ses morceaux touchent immédiatement, comme le prouvera le concert du Sablier à Rennes, ouvert par un titre a demi chanté en français La Fatigue : pas mal pour quelqu'un qui déclare "ne comprendre aucun mot de français, les gens me paraissent tellement intelligent, quoi que ce soit qu'ils disent, aux Etats Unis j'ai toujours l'impression d'entendre les gens dire qu'ils ont mangé un hot dog et qu'ils ont mal au ventre". Certains titres semblent d'ailleurs avoir été conçus dans not contrée comme le magnifique Communicate aux guitares pas si éloignées que ça du plus fin de Sparklehorse et qui aurait été écrit durant un séjour à Marseille. Un gros changement par rapport à Chokebore, même si quelques titres gardent une certaine proximité avec les compositions du groupe. Pas bégueule, Troy va même en fin de set jusqu'à reprendre You Are The Sunshine Of My Life et Valentine, toutes deux issues de Black Black au plus grand bonheur du public qui s'y retrouve enfin parmi tous ces titres inédits. Et comme cette tournée n'est pas spéciale qu'à demi, on retrouve même l'esprit des concerts solo de Dominique A sur des titres comme Sweet Receiver ou Peru, instrumentaux à base de boucles de piano ou d'enregistreur. Il faut dire que notre homme s'est accompagné d'une armée de pédaliers et un sampler, jalousement gardés dans son énorme "sac-maison". Malgré la peur de mal faire, Troy déclarant "ne pas être très doué avec la technologie, tous ces trucs me font un peu peur, si tu fais le moindre petit truc de travers, ça bousille tout", tout se passe à merveille et il y a fort à parier que cette escapade solo enrichira fortement le son de Chokebore : "J'apprends vraiment tous les jours en matière d'écriture, j'ai l'impression de m'améliorer et tout ce que je fais sur cette tournée va sans doute beaucoup m'apporter et on s'en servira sûrement pour l'enregistrement du prochain Chokebore qui devrait bientôt commencer après cette tournée solo. J'éspère qu'on fera mieux que It's a Miracle, non pas que je ne l'aime pas, mais on essaye toujours de faire mieux". Quand on sait que le dernier album du groupe a vendu autant de copies en trois mois que du reste de ses albums, la barre se place assez haut.

Quand on lui demande si il se rapproche du morceau parfait, Troy sait où il en est : "J'aimerais vraiment bien y arriver un jour et je sais que si je continue comme ça il y a des chances pour que ça se passe. J'écris toujours tout seul dans un petit carnet, j'adore ces trucs. C'est assez bizarre mais je compose de deux façons bien distinctes : des fois je peux faire quatre titres dans la même journée tandis que d'autres je vais énormément souffrir pour faire quoi que ce soit. Mon problème c'est que dès que j'ai un petit bout de morceau, je me dis qu'il y a tant de possibilités, tant de directions dans lesquelles aller, je passe des heures dessus. Ceci dit, c'est une expérience unique quel que soit le cas : soit c'est comme flotter au paradis, soit c'est comme traverser l'enfer, mais les deux me plaisent vraiment beaucoup".

Poussant son souci de la perferction au maximum, Troy lorsqu'il est avec ses trois compères n'hésite pas à livrer des relectures de titres de Chokebore déjà existants sur album, comme par exemple le magnifique The Rest Of Your Evening, comme pour assurer le lien entre les différents disques du groupe, pour en souligner l'évolution. Il se pourrait d'ailleurs que le refrain évincé de la version finale du Snow d'It's a Miracle ne réapparaisse sur le prochain Chokebore, servant de point de départ à un nouveau titre. Tout ceci rend encore plus frappant son manque de confiance quant à la scène malgré des années de tournées : "C'est très dur pour moi de monter sur scène mais c'est à la fois un expérience magnifique, c'est très intense !". Et bien que Chokebore soit quand même un groupe qui fait souvent parler de lui en Europe, son leader se retrouve tout surpris de faire face à une salle comble, alors qu'il s'attendait à ce que personne ne vienne le voir. Quelques petites blagues sur scène pour dissiper son malaise et on sent que le grand brun passe un très bon moment sur scène, et comme il est de bon humeur et bien nourri, il gratifie même l'assistance d'un Big Balls dans une version quasi aussi rock & roll que celle d'Angus Young et sa bande. Un morceau que Troy a écouté des jours durant pendant son enfance quand il n'était qu'un écolier, un titre qui l'obsédait, même s'il ne comprenait pas les paroles. A la réaction du public, on peut croire que lui comprend le texte. Etonnant que Troy se lance dans la reprise, puisqu'en plus de Big Balls il reprendra un de ses amis Californiens auteur d'un très joli titre nommé Water. On pourrait même aller jusqu'à parler d'une profusion de reprises puisque le set sera clôturé par le traditionnel Jesus Cried que peu de monde aurait pu jouer plus délicatement, un titre que sa maman avait l'habitude de lui jouer.

On retrouve le bonhomme deux jours plus tard au Violon Dingue de Nantes où après un set post rock assez réussi d'un groupe a moitié hollandais, Troy prend possession de la petite scène après que se soit fini son disque fétiche de musique hawaïenne. C'est reparti pour un nouveau tour, un concert autant chargé d'émotion qu'à Rennes, voir même plus. On sent Troy très concentré sur ses titres, leur qualité ne faisant que grandir. Seul regret : la set-list quasi identique à celle de Rennes, seuls deux titres étant rajoutés en fin de concert. Ce concert est pourtant très spécial lui aussi : il est en effet très rare de voir la quasi totalité du public du Violon Dingue assister à un concert assis, on sent un grand intéret dans la salle, voir même un profond respect. Et une fois de plus, on n'est pas au bout de nos surprises puisque lors de Water le son de la guitare se fait sourd : la lampe de l'ampli vient de lâcher ! Après quelques coups de pédaliers bien placés, le set repart de plus belle. "Si ça convient au public, y a aucun problème pour moi, et puis ça a rajouté un petit quelque chose" comment l'interressé, amusé.

Après un break de deux jours, Troy continue son périple à Laval en première partie de… Charlélie Couture ! C'est vraiment avec le sentiment d'avoir assisté à quelque chose de très particulier que Troy nous a quitté, nous laissant plein de subtiles mélodies dans la tête, des concerts qui ont visiblement bien marqués Troy lui même, comme en témoignent son mini-journal sur son site www.sweetreceiver.com : "Le concert de Rennes s'est passé comme dans un rêve, un merveilleux rêve que j'attendais de faire depuis des années. Merci à l'association R1R2, merci à tous ceux qui ont été là et qui ont écouté si attentivement, je me souviendrais toujours de ce concert, mon premier vrai concert en tant que B. Balthazar". Le concert de Nantes n'étant lui-même pas en reste : "J'ai été très heureux de pouvoir jouer à Nantes, les gens ont tellement respecté les morceaux calmes que je pouvais entendre mon coeur battre en les jouant". Quant on vous disait que ce fût intense…

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