Twelve days in the wake

Will Oldham en douze titres, par la rédaction de Millefeuille

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le 08.12.2009 à 06:00 · par La Rédaction

Bonnie 'Prince' Billy, Palace Brothers, Palace Music... Will Oldham. L'hydre folk aux têtes aussi multiples que ses pseudonymes. Aux collaborations incessantes, avec Tortoise, Current 93, Sage Francis... Peu d'artistes suscitent un tel intérêt à Millefeuille. Nous profitons de la sortie imminente (le 15 décembre) de Funtown Comedown, une collaboration live en studio de Bonnie 'Prince' Billy avec The Picket Line revisitant les plus grands titres d'Oldham, pour vous proposer une sélection, en douze titres, des plus belles perles du songwriter de Louisville.

Twelve days in the wake

I Tried To Stay Healthy For You - extrait de There Is No-One What Will Take Care Of You - 1993

Un beau matin, Will Oldham et sa bande de Louisville, baptisés les Palace Brothers, s'en sont allés enregistrer, tout dans l'immédiateté, There Is No-One What Will Take Care Of You, leur premier LP. N'ayant pas pris le temps d'échauffer leur voix, ni d'accorder leurs instruments en bois, pour ne surtout pas biaiser les émotions et messages qui s'en échapperaient, les frères Palace allaient, sans le savoir, livrer un magistral album de musique folk râpeuse et décharnée. I Tried To Stay Healthy For You, chante Oldham, à la voix vacillante et à la limite de la fausseté. Un album et un titre-phare qui n'auront en tout cas rien perdu de leur santé.

Work Hard/Play Hard - extrait de Viva Last Blues - 1995

Concerts exceptés, Work Hard/Play Hard fait toujours figure, presque quinze ans après sa sortie, de bizarrerie dans le répertoire oldhamien avec son énorme guitare lead d'ouverture. On ne s'étonnera finalement pas que le morceau le plus remuant de Palace se retrouve sur l'album produit par Steve Albini et sur lequel Jason Lowenstein (Sebadoh) officie à la batterie. Le final complètement cafouillé nous donnerait presque envie de croire à la thèse de l'heureux accident...

You Have Cum In Your Hair And Your Dick Is Hanging Out - extrait de Arise Therefore - 1996

Bien que considéré comme une parenthèse, voire un album mineur dans la discographie de Will Oldham, Arise Therefore est précieux. Précisément car il est mineur et atypique. Sec, cheap et lo-fi comme une cuvette émaillée rustique, et traversé par une boîte à rythmes ridicule et incongrue. Qu'importe, la poésie est là. Une poésie de la marge et du fond. Du fond de la cuvette, du fond du gouffre, évidemment. You Have Cum In Your Hair And Your Dick Is Hanging Out, une claque comme un coup de trique.

Apocalypse, No! - extrait de Joya - 1997

Ca n'est pas le fruit du hasard si le festival Millefeuille avait failli porter le nom de ce monument... Enregistré entre la période Palace et Bonnie 'Prince' Billy, Joya est beaucoup plus qu'un simple disque de transition. Et cela est en grande partie dû à cette chanson, qui s'ouvre par des arpèges magistraux où l'acoustique d'Oldham s'applique à répondre à ceux de David Pajo. Tout à fait le genre de chanson qui pourrait largement se permettre d'être instrumentale. Mais voilà, Oldham place sa voix avec délicatesse en offrant des paroles à glacer le sang. On en oublierait presque l'incestueux Riding, tant la gravité du texte est contrebalancée par l'instrumentation, aussi contemplative que magnifique... Deux hommes brouillent les repères de leur amitié, révélant un inquiétant rapport de force. Ca boit, ça gobe des pilules (autant de bleues que de roses) et ça remet tout en cause (Oh, pourquoi les meilleurs amis doivent-ils agir comme des mouchards, s'interroge Oldham). La confrontation est terrible, entre tape sur l'épaule et tentative d'étouffement. Les deux protagonistes finiront par se rendre dans une fête foraine dans les bras l'un de l'autre. Comme si rien ne s'était passé. Apocalypse, No ! est une véritable ode à la vie et évoque avec brio tous les paumés qu'Oldham n'a sûrement pas manqué de croiser à Louisville. On imaginerait presque le clip de cette chanson avec le personnage d'Old Joy...

Death To Everyone - extrait de I See A Darkness - 1999

Premier album sous le nom de Bonnie 'Prince' Billy, I See A Darkness regorge de ces pépites passées à l'état de standards, et pour lesquelles Will Oldham a parfois tenté avec bonheur d'ouvrir de nouvelles voix (cf. la rythmique de Madeleine-Mary). Il y a bien sûr I See A Darkness, portée au panthéon en 2000 par Johnny Cash, mais aussi Death To Everyone. Une basse funéraire, une voix sombre, et si claire. Parfait. Quoi d'autre ?

64 - extrait de Get On Jolly - 2000

S'il n'est pas interdit de passer très rapidement sur le ep All Most Heaven, pourtant réalisé avec l'aide de Bill Callahan, il serait criminel de passer à côté de Get On Jolly. Et encore moins son pendant live, Get The Fuck On Jolly. Car ces deux EPs jumeaux contiennent un des morceaux les plus subtils de toute la discographie de Will Oldham, 64. Et histoire de donner à ce joyau l'écrin qu'il mérite, Oldham a eu la riche idée d'inviter un certain Mick Turner pour placer ses douces guitares rêveuses. Oldham, donne lui l'impression de chanter les textes du poète indien Rabindranath Tagore allongé dans sa baignoire, presque absent dans un bain de silence, comme pour mieux souligner tout ce qui est implicitement dégagé. Très effacé sur la version Get On Jolly, Jim White est plus présent sur Get The Fuck On Jolly et prouve que les Tren Brothers sont le plus beau groupe accompagnateur dont on puisse rêver (Cat Power et Smog en savent quelque chose).

Just To See My Holly Home - extrait de Ease Down The Road - 2001

Il y a un côté éleveur de bonzaïs chez ceux souhaitant qu'un artiste demeure chétif, maladroit. Sorti deux ans après I See A Darkness qui marqua tous les esprits, Ease Down The Road a de quoi déconcerter. A premier abord, tout du moins. A la noirceur et l'introspection qui avaient guidé l'écriture de ses précédents opus, Oldham a préféré les épis de blé et les marshmallows grillés. Pour des ballades entêtantes et boisées, en toute simplicité. Déploré - à tort - par grand nombre d'admirateurs, Ease Down The Road ne marque pourtant pas un tournant dans la carrière de son auteur. Il atteste simplement de sa volonté incessante de se renouveler et de se populariser, tout en restant solidement amarré à ses racines. Ease Down The Road, grand classique de la musique folk contemporaine, dont Just To See My Holly Home est le parfait étendard.

Forest Time - extrait de Master & Everyone - 2003

C'est sur la version japonaise de Master & Everyone qu'il faut aller chercher Forest Time. En toute dernière position. La ghost-track nipponne a pourtant de quoi faire pâlir d'envie ses heureuses cousines plages officielles, de belle facture mais somme toute un peu trop linéaires. Forest Time marque le retour instantané du kentuckian à la concision, à la froideur, à la noirceur. Quelques notes de guitare sèche suffisent à faire ressurgir un Oldham à la voix hantée, quasi chamanique, et à l'esprit divaguant : "I be ashtray I be star / I be monkey by Babar / I be Hippo calling far / Far into the forest". Un très grand moment.

No More Workhorse Blues - extrait de Bonnie 'Prince' Billy Sings Greatest Palace Music - 2004

Dix ans après la somptueuse version de Days in the wake, Oldham joue au jeu de l'auto reprise en reprenant ses plus beaux titres des années passées. Avec une forme d'auto-dérision qui sied mal aux titres. Si l'album constitue une grande déception, digne du Juke Box de Cat Power, un titre sort majestueusement du lot. Will Oldham parvient, avec No More Workhorse Blues, à insuffler un nouveau souffle à l'un de ses titres les plus poignants, en transformant totalement le titre. La guitare laisse sa place aux violons et pianos, les prises de sons sont parfaites, le souffle caractéristique de la facture "maquette" de Days in the Wake est absent. Les paroles restent magnifiques. Oldham nous donne la chair de poule en répétant qu'il n'est plus un cheval de trait, qu'il est désormais un cheval de pâturage. Cette nouvelle version est assez indissociable de la magnifique vidéo réalisé par Harmony Korine. Où l'on voit une mariée peinturlurée en noir jouer au tennis, filmée en stop motion, de manière à faire vasciller l'image. La mariée finit pendue, tandis que Oldham clâme "I am a grazing horse, I am your favorite horse". Splendide.

Master & Everyone - extrait de Summer In The Southeast - 2004

"On this we will agree : you do what you want and I will do what I want". Will Oldham ne pouvait pas déclarer plus clairement sa liberté artistique. Car si les albums live commencent à se faire légion dans sa discographie, c'est surtout pour bien souligner la liberté artistique d'un homme qui semble ne jamais se contenter des versions enregistrées de ses chansons. Toujours aussi à l'aise pour les amener là où ne les attend pas, Oldham aura choisi le parti pris du rock'n'roll le temps d'un disque où on ne compte pas moins de trois guitares, gorgées d'effets et de distortions. Pitchfork aura même poussé la plaisanterie jusqu'à comparer cette inédite force de frappe à... Pearl Jam !

Barcelona - extrait de Little Lost Blues - 2006

Ceux qui affirment haut et fort que Will Oldham se prend trop au sérieux n'ont jamais dû le voir sur scène, et encore moins entendre Barcelona. Publié à l'origine sur le single We All, Us Three, Will Ride, le morceau a gagné une diffusion un peu plus conséquente grâce à son inclusion sur la compilation Little Lost Blues, "offerte" en disque bonus du décevant The Letting Go. Si l'on trouve souvent bien des pépites sur les singles de Palace (Come In, Gulf Shores, ou encore West Palm Beach pour ne citer qu'eux), Barcelona tient sans conteste une place à part dans cette discographie parallèle. Introduit par une guitare chétive, le morceau commence telle une douce valse. Et dès le début, Oldham fait sourire, s'amusant à raconter Barcelone à ceux qui ne la connaissent pas par le prisme de vacances avec sa femme, où il commet l'erreur de coucher avec une locale. Scène de couple de retour à l'hôtel, paroles irrésistibles ("Back in our hotel, she cursed and she screamed / Barcelona / So I threw her out the window to quiet her screams / Oh oh Barcelona"), pendant que la valse commence à partir dans le ravin avec l'arrivée d'une trompette et de coeurs virils. Pas de chance, la femme survit et finit par divorcer. De l'accordéon, comme pour souligner la malchance. La fin étant peu à l'avantage du personnage incarné par Oldham, rebelote, tout part en vrille, retour de l'improbable trompette et choeurs à en perdre poumons et esprit. Preuve que même en faisant à peu près tout et n'importe quoi, Will Oldham parvient toujours à ses fins.

The World's Greatest - extrait de Ask Forgiveness - 2007

Impossible de passer sous silence le sujet des reprises. Car Oldham, à l'éclectisme exacerbé et assumé, s'y est toujours attelé. The World's Greatest, ou comment le kentuckian, entouré des musiciens d'Espers, parvient à s'approprier et à pleinement réinventer un grand succès de... R. Kelly.

Article conçu et rédigé par Eric F., Jean-François R., Thibaut G. et Vincent B.

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