le 20.01.2010 à 06:00 · par Mathias K.
Depuis maintenant dix-neuf ans, le festival Sons d'Hiver effectue un important travail de promotion de la musique improvisée européenne et afro-américaine, tant pour sa qualité défricheuse que son travail d’exposition des artistes. En Ile-de-France, il est le rendez-vous incontournable du début de l’année, donnant à sentir le pouls de la musique improvisée la plus audacieuse et la plus libre.
Cette année, l’affiche particulièrement belle du festival nous a donné envie de revenir sur son histoire et d’en parler.
Un festival sans ornières, à l’identité bien affirmée
A l’image de la biche qui orne l’affiche du festival cette année, Sons d’Hiver ne s’en laisse pas conter. Le festival est né il y a dix-neuf ans de la fusion de quelques festivals de musiques actuelles du Val-de-Marne. De cette pluralité de festivals, Sons d’Hiver a gardé le goût de la diversité, de l’éclectisme, du grand écart. En devenant plus fort, il est surtout devenu un outil de production capable de monter ses propres projets et de faire venir les tout meilleurs musiciens du continent nord-américain ou d’Europe, pour des projets le plus souvent inédits. Ce goût de la diversité et de l’éclectisme, cette capacité à mélanger dans des projets convaincants jazz, musique improvisé, rock, funk, hip hop ou afro-beat fait paradoxalement de Sons d’Hiver un festival unique dans le paysage musical français, et un rendez-vous dont l’identité est extrêmement forte. Dans les années passées, le festival a ainsi accueilli Joëlle Léandre et William Parker en duo, le trio de Marc Ducret ou le Quatuor Hêlios, Tortoise et The Ex, Beans, Hamid Drake et Sylvain Kassap, Denis Colin ou François Corneloup, Fred Anderson ou Pool Players, Louis Sclavis et Tom Rainey ou encore Antipop Consortium. On ne compte plus les participants prestigieux, dont les noms ci-dessus sont un maigre échantillon. Avec eux, le festival avance à sa manière bien spécifique, croisant les musiques afro-américaines populaires avec les traditions savantes de la vieille Europe, pour brouiller les cartes et œuvrer à un salutaire décloisonnement. Derrière cette volonté permanente d’exploration, Sons d’Hiver se veut un festival à taille humaine, cosmopolitique, ouvert sur la vie collective et sociale, qui cherche à rassembler les forces vives (labels, lieux, artistes) et à saisir l’ensemble des domaines que peut saisir la musique quand elle est vivante. Si le festival investit plusieurs lieux du Val-de-Marne (le Théâtre de Cachan, l’Espace Jean Vilar d’Arcueil, la Maison des Arts de Créteil, le théâtre Antoine Vitez d’Ivry-sur-Seine), il investit aussi plusieurs domaines de savoir et disciplines : l’anthropologie, la sociologie, la littérature (James Sallis viendra faire une conférence sur Chester Himes), le cinéma (on projettera Redemption Song, le documentaire de Markus Hansen et Jean-Marie Boulet sur Billy Bang, à l’Université Paris 7 – Paris-Diderot).
En cherchant à réduire le fossé qui existe entre l’institution dépositaire du savoir qu’est l’Université, et la musique vivante telle qu’elle s’invente aujourd’hui, Sons d’Hiver s’inscrit en faux face aux clichés et aux querelles de clochers.
En 2010…
Cette année accueillera comme chaque année plusieurs beaux projets. C’est Hamid Drake, aux commandes de son Bindu nouvelle formule, qui fera l’ouverture du festival à Arcueil à l’occasion de la sortie de l’album Reggaelogy chez Rogue Art. L’Ethnic Heritage Ensemble de Kahil El’Zabar s’associera, dans la même soirée, à Neneh Cherry pour un hommage à Don Cherry, son père. Le lendemain, Rob Brown jouera avec Craig Taborn et Nasheet Waits, dans un trio impatiemment attendu et qui a illuminé le dernier Vision Festival avant de laisser la place au quartet de William Parker, et à ses invités Billy Bang et James Spaulding. D’autres soirées iront lorgner du côté du rock : tant avec Living Colour le 6 février qu’avec Sarah Murcia le 4 février, qui revisitera avec son groupe des classiques anglo-saxons des années 70. Les autres temps forts du festival seront très certainement la venue de Tony Allen le 12 février, le concert du World Saxophone Quartet le 16 ainsi que la création de l’opéra de Melvin Van Peebles autour de son propre film, Sweet Sweetback’s Baadasssss Song. A cela s’ajouteront des conférences (James Sallis sur Chester Himes), des débats (le 27 janvier, à la librairie-disquaire Souffle Continu, pour un débat sur les labels indépendants, ou le 17 février suite au spectacle d’Yves Robert), des rencontres (Emory Douglas, Hamid Drake et Kahil El’Zabar, Melvin Van Peebles et Greg Tate). Millefeuille suivra l’actualité du festival avec quelques comptes-rendus de concerts et attend impatiemment le coup d’envoi des festivités.
En attendant, vous pouvez retrouver dans nos colonnes l'interview de Fabien Barontini, le directeur du festival.
Autour de Sons d'Hiver, édition 2010 : interview de Fabien BarontiniToutes les informations et le programme se trouvent sur le site du festival : http://www.sonsdhiver.org