Festival Soy à Nantes!

Retour sur cinq jours d'expériences soniques...

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le 08.11.2012 à 06:00 · par Mathieu M.

Tout bon report de festival automnal commence souvent par les considérations météorologiques d'usage alors ne boudons pas notre plaisir : pas de doutes, l'automne occupe la place. Le concept atmosphérique de cette saison réside dans la persévérance à vouloir faire entrer un échantillon de chaque saison dans une journée, et comme cadre à ces humides loufoqueries, Nantes s'avère être un lieu d'expérimentation de choix.

Feuilles mortes arrivant en avion de la forêt de Notre-Dame des Landes, rafales de vent d'ouest, trombes d'eau de l'atlantique et une nuit qui tombe à 18h plongent incontestablement le festivalier dans des conditions d'écoute optimales pour tout concert présentant l'agrément d'un simple toit et de murs soigneusement hermétiques.

Nous y sommes, en avant la musique. Organisé par l'association Yamoy', Soy est un festival de musiques déroutantes et aventureuses, tout en douceur... ou en brutalité. Miam...

Avec un tel programme, des certitudes vont vaciller, des préjugés vont tomber, des curiosités s'exacerber et des avis diverger. La culture avec un grand C. Nantes aussi comme lieu d'expérimentation culturelle, chantier prioritaire de la municipalité depuis longue date avant un certain projet d'aéroport tout proche qui occupe bien des conversations, mais passons.

Après 10 ans de persévérance et de défrichage menés par une solide équipe de bénévoles passionnés, la ville hérite donc du plus pointu des petits festivals français en matière d'expérimentation rock, pop, folk ou electro. Un festival où tout se ré-invente devant un public nombreux et curieux, affranchi des codes et des stéréotypes de la musique contemporaine. Un festival qualitatif présentant 23 concerts sur 5 jours, répartis dans les lieux emblématiques de la ville qui n'ont froid ni aux yeux ni aux oreilles.

Et ça tombe bien... moi non plus. Attiré par quelques noms évocateurs (Die! Die! Die!, Lotus Plaza, Godspeed You! Black Emperor, Here We Go Magic, Six Organs Of Admittance...), c'est donc sans trop d'idées préconçues pour le reste de la programmation que je traverse nonchalamment la France. Direction Nantes City, l'inconnu.

Stéréolux le mercredi soir :

J'attends impatiemment les néo-zélandais de Die! Die! Die! pour un concert supposé donc mortel, mais leur concert n'est fatal que pour mes tympans. Tout comme les trains, une révélation peut en cacher une autre et c'est le set parfait des français de 2 Kilos & More, accompagnés du mystérieux maître du spoken-word Black Sifichi qui me rectifie net. Un son réglé à la perfection au service d'une electro douce et puissante aux mille sombres textures. Une musique affranchie mais proche de celle du maître Amon Tobin. Une présence voilée derrière un écran transparent qui met en valeur une performance vidéo ténébreuse et captivante, il n'en faut pas plus pour fêter ce premier concert qui donne le ton. Je goûte avec délectation la bière du Bouffay.

Lieu Unique le jeudi :

Le L.U. serait donc l'endroit de Nantes où il fait bon paraître. Ce n'est pas l'avis de Verity Susman. L'ex membre d'Electrelane se cache derrière une outrecuidante fausse moustache pour donner vie à son projet solo fait de nappes bancales, de tirades de sax baryton et de textes obscurs et insolents. Le public, encore familial à cette heure, prend connaissance d'un style : le noise-art psychédélique. En bon nantais curieux et/ou poli, il reste cependant...

Plus tard dans la soirée, après une prestation brouillonne de Lotus Plaza, Skoal Kodiak envoie un set massif et ravageur dans une quasi-obscurité qui leur va si bien. Quatre ampoules chancelantes éclairent la scène, impossible de discerner le visage des musiciens happés dans un concert hypnotique pied au plancher. J'aime les basses qui groovent et je suis servi. Et question musique déroutante, je confirme, on est bien dans le thème.

Mais arrivent Quintron & Miss Pussycat. Puisque le concert commence par un spectacle de marionnettes complètement déglinguées (au sens noble du terme), on se dit que les enfants auraient dû rester. Puis on se dit que le goût du second degré semble être la qualité principale du duo new-yorkais et qu'on est mieux entre adultes. Enfin, on finit par danser en liesse sur les tubes implacables et délicieusement décalés sortant de l'espèce d'orgue-synthé-boite-à-rythme de Quintron. Pendant ce temps là, Miss Pussycat joue des maracas, quoi de mieux? La soirée était longue, la buvette se souvient de mon passage.

Lieu Unique le vendredi :

Avec Pete Swanson à l'apéro, je commence à comprendre le concept du festival : réussir à imposer des artistes à 19h, qui ailleurs, jamais ô grand jamais ne passeront à un autre horaire qu'après 4h du matin. Appelons ça de la techno minimaliste furieuse et caverneuse. Une cinquantaine de personnes en cercle autour de l'ex Yellow Swans apprécient, toutes oreilles bouchées.

En enlevant ces bouchons, je passe le concert de Dope Body à essayer de commander de nombreuses bières au foyer bar, et quand résonnent les premières notes de Barn Owl, je suis fin prêt pour la messe. En format duo guitares+machines, on reste dans le thème de l'ambient sombre et minimaliste, servi par un excellent son et un non moins excellent travail vidéo en arrière plan. Avec ce concert, je viens de gagner ma soirée. Le voyage est tel qu'il émousse mon objectivité pour la suite : parmi les 1200 autres personnes qui espèrent la claque de l'année avec Godspeed You! Black Emperor, combien l'attendent toujours?...

Château des Ducs de Bretagne le samedi :

Grâce aux concerts de l'après-midi au "donjon", on comprend tout de suite mieux ce que le festival entend par musiques entêtantes et aventureuses. Je veux dire que, personnellement, je suis content que ça existe. Qu'il faut de tout pour faire un monde. Voilà voilà..., je salue bien bas le courage des programmateurs et, en bon nantais depuis quelques jours, j'applaudis néanmoins.

Pour se changer les idées, rien de tel que de s'asseoir à même les pavés et de méditer. Pas avec une main tendue dans la rue, non, mais avec les deux mains en l'air dans le Passage St Croix pour applaudir bien fort le concert solitaire de Gareth Dickson. Sa musique folk épurée me ramène vers des territoires connus et je me délecte de l'inaltérable équation voix énigmatique + jeu de guitare poétique + ancien lieu sacré = mélancolie belle et plombée, la base.

Quelques heures après, on retrouve le chemin de la fameuse bière du Bouffay devant le si théâtral Joe McKee et surtout devant les assauts soniques de Six Organs orchestrés par un Ben Chasny habitué du festival. C'est la classe américaine.

Il manquait une caution pop à ce festival et Here We Go Magic s'y colle avec une élégance digne du lieu qui les accueille. Le public danse et en redemande, les morceaux de moins de 5 minutes ont aussi du bon visiblement. Une pop enfin joyeuse et sacrément bien ficelée jouée devant l'équipe du festival gesticulant au premier rang, Soy est un truc de passionnés, c'est sûr. Les aléas de ce samedi soir finissent par me conduire dans les bas-fonds de la cité nantaise où plus personne ne veut plus entendre parler de cette bière du Bouffay, bizarre.

Maison de l'Erdre + Stakhanov le dimanche :

Comme cet article, ce festival est décidément interminable et j'apprécie la persévérance. D'autant qu'avec Sven Kacirek, dans la maison de l'Erdre japonaise, on change totalement de registre et de décor. Dehors, c'est la tempête, tout comme dans mon cerveau qui s'évertue à comprendre ce que manigance ce bidouilleur-percussionniste surdoué avec ses 10 doigts. Tout en... percussions donc et à l'aide de multiples matériaux et effets, il sample et élabore avec grande finesse une musique belle et inclassable qui prend tout son sens en voyant le magicien opérer. Je fonds. Et hésite presque à rester sur cette belle impression.

Mais non! Il reste la soirée de clôture au Stakhanov! Il est 21h. Trois armoires à glace patibulaires se dirigent vers la scène. Des déménageurs? Le concert est annulé? L'un d'eux se saisit d'un des amplis de manière décidée. Mais surprise, c'est pour y brancher sa guitare et je découvre le groupe Carlton Melton. Leur concert est à leur image, un rock des 70' bien rugueux et fort bien maitrisé du côté des solos de guitare. Le public ne récolte pas un mot, pas un regard, sans même parler d'un sourire. Je me dit que les soirées de clôture de festival sont souvent tristes, les mecs doivent accuser le coup.

Je me mets moi aussi à faire la gueule mais me radoucis rapidement. Je suis en joie de croiser enfin My Disco, ces insaisissables australiens venus accompagnés de leur post-punk énigmatique et répétitif. Malheureusement, la fatigue et plusieurs soucis techniques durant le concert font que nous n'y sommes pas vraiment. C'est leur quinzième date d'affilée lors de cette tournée européenne et pour moi le vingt-troisième concert en 5 jours. Aucun rapport, je sais. Mais je ne décolle pas, malgré le soin pris à me poster stratégiquement à environ 50 cm de l'ampli basse et malgré un niveau sonore proche de celui d'une turbine d'avion.

Pour les deux anglais de Peepholes et selon le résumé du programme, je suis supposé m'attendre à tout. Sauf à constater que Katia Barrett et Nick Carlisle ont littéralement inversé leurs instruments respectifs comparé à leur configuration habituelle (véridique, voir vidéo du tube Ladder sur le site du festival). Du coup en ce beau dimanche, madame semble débuter derrière la batterie et monsieur n'est pas vraiment à l'aise avec son synthé... Le concert se passe, excellent tout de même, avec un sourire en coin. Je ne peux qu'y voir un bel exemple de professionnalisme : trop propre, trop simple pour coller à l'esprit du festival et à cette exigence de distorsion et de défrichage, Peepholes s'adapte. Inverse les instruments et propose un set complètement foutraque, tordu comme un larsen. Un bel esprit d'initiative, qui résume bien l'ambiance du festival Soy, un véritable must de surprises musicales et le temple dune créativité débordante. Alors chapeau. Et à l'année prochaine.

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