le 12.04.2004 à 12:00 · par Eric F.
Nous voilà dans de sales draps : comment aujourd'hui reprocher à Dominique A sa totale liberté que l'on avait jusque là toujours admirée? Autant être franc, Tout Sera Comme Avant (titre ironique, blablabla...) n'est pas un disque loupé. Ce n'est juste pas un disque de Dominique A... Cela a déjà été dit et écrit partout, le A est tombé en pamoison devant L'Imprudence de Bashung, allant même jusqu'à considérer le disque comme "le mètre étalon de la nouvelle chanson française" et a donc du coup décidé d'embaucher l'équipe qui officiait au son ainsi que les musiciens. Exit donc les fidèles Toorop et Mellano... Tout Sera Comme Avant, le titre, est une belle entrée en matière avec ses guitares en boules de nerfs et ses cordes discrètes, comme un extrait de Remué en version symphonique. Pourtant, dès Elle parle à des gens qui ne sont pas là, on sent quelque chose qui cloche : le morceau peine à se lancer, se fait parasiter, part puis retombe. Il y a de quoi rester sceptique, d'autant plus que les textes du nantais sont comme d'habitude plutôt bien ficelés. Pendant Que Les Enfants Jouent évite de peu le ridicule avec ses énervements bricolés (on était en droit d'attendre un grand truc avec ce morceau). Du coup c'est avec le minimalisme de Dans Les Hommes qu'on se dit que le disque est enfin lancé, hélas, trois fois hélas, l'aspect bancal du Bowling suivant ne colle pas du tout avec les aspirations ambitieuses de la nouvelle équipe de Dominique A. On en vient à regretter amèrement les guitares créatives d' Olivier Mellano et la batterie sèche et tendue de Sacha Toorop... On avait beau être prévenu par son géniteur que ce nouveau né aurait "des sonorités reggae, classique, chanson française" que le choc est bien trop grand pour être absorbé. Et quand les paroles démissionnent (L'Inuktitut), on frise la catastrophe. Pourtant le grand Dominique a d’ores et déjà montré la vraie valeur de ces nouvelles compositions au cours de remarquables showcases en solo qui sont ici salopées par une orchestration et une production qui ne sont pas à leur place : il suffit de comparer Revenir Au Monde dans ses deux versions pour mesurer le gouffre qui les sépare. Même si l’on a une belle tentative d'humour caustique (La Retraite A Miami), la pilule n'en passe pas mieux pour autant et on ne rit que jaune. Espérons que ce nouveau virage ne soit rien d'autre qu'une accidentelle sortie de route.
