Dont Look Back

Drunk in your arms

( Supersonik Sound ) - 2003

» Chronique

le 12.05.2004 à 12:00 · par Eric F.

On entre dans ce disque comme dans une pièce sombre : on ne sait pas bien où l'on est et on tâtonne dans le noir pour trouver ses repères. La voix qui surgit de la pénombre pour nous dire que les gangs se préparent à envahir notre quartier ne nous met pas en confiance.

Pourtant les guitares se fonte douces et la basse ensorcelante. Notre situation nous recommande tout de même la méfiance et les guitares font en effet la montée tant redoutée, par paliers et sans aucune fausse note, s'il vous plait. Ce Hill xxx (Evil) nous plante parfaitement le décor : ici le post rock (ne leur dites pas que j'ai appelé leur musique de la sorte) se transforme en heavy metal lourd voire même plombé (dites leur que j'ai dit ça sur leur musique). Dont Look Back, des jeunes gens torturés qui ont grandi en écoutant Metallica? Evidemment, mais l'étiquette est bien trop réductrice. Ces types là nourrissent leur musique à toutes sortes de grains, que ça soit donc le metal le plus brut, le noise de Sonic Youth, les envolées de Mogwai, mais aussi le folk.

Le Folk ? Oui le folk. Un titre comme le Sundwon Song For R.Z. mené par un fier harmonica et un speech de Dylan sur Woodie Guthrie prouve bien que le groupe a plus d'un atout dans son jeu. On avait eu le Dylan qui vire électrique, ici il tourne aérien. Les guitares font une démonstration de retenue plus que convaincante (pas étonnant qu'un des deux guitaristes du groupe ait choisi Hard Rain comme pseudo). Impossible de nier l'impact de ce morceau surtout que juste avant, Guillaume Stern a "vu l'enfer". Et nous avec.

Mais l'harmonica et la slide planante laissent de nouveau la place à des titres beaucoup plus sombres, Stage Diver's Blues collant parfaitement à ce genre d'activités. On reconnait le speech défoncé cultissime de Thurston Moore dans la vidéo de 1991, The Year Punk Broke : "Tonight I am going to defecate on stage". Pas étonnant que les "stages" divers aient le blues ! Si les guitares oscillent donc avec aisance entre un rock apocalyptique et des riffs monstrueux, la botte secrète du groupe est sans conteste sa section rythmique, soutenant avec autorité l'ensemble, la batterie enchaînant les rythmiques qu'on imagine bien fatigantes pour le poignet. La basse quant à elle contribue énormément à créer des ambiances pesantes.

And Pictures Of Jack nous détend un peu avec son sample en français touchant mais aussi presque humoristique : "Tu n'as plus ton oeil brillant d'autrefois" "J'ai vieilli" "Tiens, tiens". A peine le temps de s'extasier qu'on est déjà lancé à grande vitesse dans une montagne russe sans fin. Et comme on a un gel qui assure, on n'en sort même pas décoiffé, mais c'est tout comme. Bien qu'épique, ce titre n'est pas le plus puissant du disque. Il se trouve évidemment en dernière position, comme pour confirmer une progression logique et implacable. Ce Old N°9 (4:00 A.M.) a tout des plus grands, ça commence bien sûr en "planerie" avant la montée inexorable, construite avec une sacrée dose d'intelligence : les guitares semblent surgir de nulle part pour nous offrir des parties jouissives. Jusqu'à ce que ça tombe dur, et bien.

Une fois l'orage passé, la tempête se fait sous-jacente, la basse nous explique qu'elle n'a jamais supporté le plagiat du riff de Mogwai Fear Satan sur Iron Maiden et le ramène donc chez lui. Rarement aura-t-on entendu une ligne de quatre cordes aussi addictive, qui marcherait tout aussi bien prise à part. Evidemment, tout ça ne peut ne nous mener qu'à un feu d'artifice final ponctué par une surprise aussi frustrante que judicieuse (ne pas en dire plus pour ne pas gâcher le suspense). Comme le titre de leur disque l'indique, ces jeunes rockeurs ont cette volonté de se désinhiber (ce qui est fait avec ce disque) tout en voulant plaire (ce qui réussira sûrement si vous y prêtez une oreille).

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