The Devastations

Yes, U

( Beggars Banquet / Naïve ) - 2007

» Chronique

le 14.11.2007 à 06:00 · par Marteen B.

Troisième album des Australiens (relire la chronique de Coal, ici-même, pour la chronologie), Yes, U fraye une voie radicalement différente des travaux précédents du groupe. Le trio – Tom Carlyon (guitare, piano, synthétiseur), Hugo Cran (batterie, percussion), Conrad Standish (voix et basse) – s'est d'ailleurs enrichi d'une violoniste claviériste, Andrea Lee, et des apparitions très spéciales de Nigel Yang (piano, synthétiseur, Roland TR-808).

Dans sa nouvelle formule, les compositions pourraient avoir été empruntées à Pulp. On y retrouve le lyrisme élégant, les basses négligemment dansantes, les rythmiques quasi martiales du no wave, le clavier pianoté en notes claires, avec une forme de distinction à la fois tendue et acide, une douleur exposée avec morgue et sans partage. Le trio devenu quintet a aussi gagné en maturité rock, et les explosions de guitare ici et là ne dépareraient pas chez le Calla du début ou chez Christian Fennesz – on entend d'ailleurs de nombreuses plages de stases ambient, en ouverture de morceau, en entre-deux, en implosion, qui évoquent aussitôt des climats électro. Sauf que le dance-floor est gagné par les marais, les clubbers portent des bottes éculées de cow-boys, pataugent dans la boue et les effluves délétères sous l'impulsion d'un duo basse / batterie qui rappelle le meilleur de Lift to Experience.

Un mot de la voix de Conrad Standish. On l'a comparée avec celle de Stuart Staples. C'est cette fois vers un autre ravagé du bulbe au pays des Wallabies qu'il faudra chercher : un jeune Nick Cave, hésitant à basculer dans les démons blues, retenu à la rampe d'une new wave cravachée à l'énergie des bayous. Standish tire de cette voix incandescente des effets tout à fait personnels. Chanteur de charme pour dandys spectraux et princesses décapitées, hurleur pour coyotes efflanqués. Standish, qui a l'humour d'un crotale à qui l'on a marché sur la queue, est un crooner pour prisonnier de droit commun (The Saddest Sound), un hippie aux colliers tressés en fil de fer barbelé.

La musique vibrionne de noirceur, d'étrangeté, musique de cave et de crypte. Flamboyante et éraflée. Sacrément puissante pourtant dans ses déflagrations. Ou sonnant comme du Gainsbourg seventies (An Avalanche of Stars). Les strates se succèdent : saturation, échos déformés, vagues de synthé, pointillé de claviers, accords acoustiques. Ballades où les torchères plus que les briquets sont de mise. Morceaux rock qui multiplient les ruptures, les changements de direction à 120 degrés, et ne rechignent pas devant la durée. Tout le glacé de la new wave a fondu dans une vague de chaleur ténébreuse et sensuelle, les constructions lisses et mécaniques se sont érodées sous l'action des vents chargés de sable. Le lyrisme des compositions pourrait tendre vers le pompier (The Face of Love et son chorus en sha la la la...), d'autant qu'il est soutenu par des claviers stratosphériques, mais écorché à ce point, et raboté, le temple Chantilly ressemble plutôt à une éolienne rouillée grinçant en bordure d'une route poussiéreuse, à un crépitement de néon sur un motel à l'abandon – ou Lost in Translation dévasté par les tornades du grand bush.

Retour haut de page

Pochette Disque Yes, U

» Tracklisting

  1. Black Ice
  2. Oh Me, Oh My
  3. Rosa
  4. The Pest
  5. As Sparks Fly Upwards
  6. Mistakes
  7. The Face Of Love
  8. An Avalanche Of Stars
  9. The Saddest Sound
  10. Misericordia

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.