eRikm & Akosh S.

Zufall

( Ronda ) - 2008

» Chronique

le 06.08.2008 à 06:00 · par Marteen B.

Zufall est un album construit à partir de l'enregistrement de deux concerts, au Point Ephémère (Paris) et aux Halles de Scharbeek (Bruxelles).

Akosh S. se signale le plus souvent par un style tellurique et déflagrant, employant son saxophone en terrassier, séquence démolition des bâtiments. Ici, au contraire, un musicien amadoué se manifeste. Son jeu singulièrement adouci évoque un serpent qui ondule, hypnotisé par son fakir. On entend bien quelques fulgurances dans le plus pur style Albert Ayler, mais elles ne paraissent pas faire voler la surface musicale en éclats, comme souvent dans ses collaborations. Les fulgurances s'inscrivent dans le cercle, dans les limites contrôlées par le fakir ; dans un jeu d'enrobements réciproques, les grandes boucles du serpent frôlent ou encerclent l'homme aux clous, sans qu'aucun des deux ne semble vouloir lâcher le regard de l'autre.

eRikm exerce son rôle de fakir au live sampling et aux platines en jouant sur deux plans. En arrière-plan, tout en grésillements, craquements de vinyles, stases et boucles répétitives ou empruntées à la musique concrète, il déploie un tapis miroitant sur lequel évolueront les deux créateurs. Akosh S. n'y exerce d'ailleurs pas seul en soliste, même s'il se voit offrir de longues plages de flûte et clarinette chantante, ou grognant jusqu'à frôler l'épuisement du souffle. eRikm vient régulièrement se loger au premier plan, soliste lui aussi, les deux hommes se travaillant aux corps en duo.

Chipant des séquences parlées ou cinématographiques, fracassées, déchiquetées par les samples, eRikm livre des pulsions scopiques qui sont comme des images dansantes ou papillons hallucinés flageolant quelques secondes dans la lumière. Bouts de paroles. Grand orchestre. Apparitions instantanées, aussitôt dispersées, engouffrées dans la moulinette à recycler. Soliste de l'éphémère.

Dans leurs séquences dialoguées, eRikm oppose au saxophone pleureur une matière sourde, grouillante, ou renvoie l'écho des notes d'Akosh S., modulées. Fakir et serpent étroitement noués.

Akosh S. mène logiquement par des notes sous influences orientales son solo final accompagné de tintements.

Pas de numéro de bravoure donc, ni d'un côté ni de l'autre, mais une écoute attentive, des correspondances et une vive complicité.

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Pochette Disque Zufall

» Tracklisting

  1. Part 1
  2. Part 2
  3. Part 3
  4. Part 4
  5. Part 5
  6. Part 6
  7. Part 7

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