Pamelia Kurstin

Thinking Out Loud

( Tzadik ) - 2007

» Chronique

le 13.05.2009 à 06:00 · par Gaël P.

Ne pas se sentir pièger dans l'individualisation de l'album par un seul instrument tout en faisant tout de même de celui-ci la matière principale de l'ensemble, voilà l'enjeu que la jeune américaine se devait de prendre. Car l'instrument en question, le theremin, n'est pas un instrument de tous les jours et s'il faut bien admettre qu'il offre de nombreuses possibilités d'enrichissements de la texture musicale, son utilisation pose certaines limites. Les sonorités allienantes et crispantes du theremin mettent souvent un frein à l'audibilité de la musique et c'est surement en cela qu'il est généralement utilisé comme appui stylistique et non comme vecteur de toute une esthétique.

Au contraire des positions courantes, Pamelia Kurstin a donc pris à bras le corps l'initiative d'en faire son outil de travail permanent. Avec ce premier album, on ressent bien, à côté des pistes vouées à l'expérimentation de l'instrument, qu'il a été nécessaire d'aménager des instants de ménagements où d'autres instruments prendraient le dessus, ou en quelque sorte la relève (que ce soit sur Creature To People et son piano solitaire ou bien sur Copingheaven, pause respiratoire relevant d'un folk serein) afin d'arriver à quelque chose de plus sain, c'est-à-dire à un ensemble qui ne soit pas saturé par le theremin.

Dans les morceaux les plus expérimentaux, la propagation du theremin dans l'espace sonore est souvent fondamental et on regrettera que Kurstin n'est pas songé à user de son instrument de manière peut-être moins redondante, moins calculée. Heureusement des passages s'approchant d'un son noise relèvent l'album tout comme les jeux de piètinement sonore qui nous rappellent, sur un tout autre terrain, les films expérimentaux de l'autrichien Martin Arnold. L'américaine s'étant exportée à Vienne, la filiation imaginée n'est surement pas le fruit du hasard.

Bien que ce premier album ne soit pas une oeuvre incroyable, il représente un vif intérêt dans le sens où sa créatrice, par une réflexion non dénuée de méfiance, tente de donner toute la place qu'il mérite à un instrument ordinairement mis au rang des ornements. Si la tâche n'est pas vraiment simple, elle mérite au moins d'être tentée.

Retour haut de page

Pochette Disque Thinking Out Loud

» Tracklisting

  1. London
  2. Edinburgh
  3. Copingheaven
  4. Eschschloraque
  5. Creature To People
  6. Barrow In Furness
  7. Tonic

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.