David Åhlén

We Sprout In Thy Soil

( Compunctio ) - 2009

» Chronique

le 03.06.2009 à 06:00 · par Vincent B.

"Spirit fall, embrace us, fill us up, like waters, like fire" : la voix de David Åhlén agit profondément dès les premières notes du disque. Avec des vertus anxiolytiques indéniables. Le timbre est ici apaisé à l'extrême : pur, et austère.

On verrait aisément en David Åhlén une Vashti Bunyan au masculin. Avec l'ascétisme protestant et nordique en prime. David Åhlén ne cache d'ailleurs pas ses velléités de prêcheur. Une image de lui en baptiste dans une rivière orne le livret du disque. Cela paraît assez fou et daté en France, mais l'importance qu'a le protestantisme dans le folk suédois n'est pas négligeable, selon que les musiciens cherchent à se détacher de son emprise (comme chez Balroynigress) ou au contraire à l'accroître pour produire un disque imprégné par les idées de pureté et de libération, comme c'est le cas ici. Reste que le résultat musical est d'une douceur immodérée. La voix et les paroles de David Åhlén se veulent rassurantes, et elles remplissent assurément leurs objectifs.

Sur Arise, la hauteur de la voix et sa sensibilité rappellent le Jeff Buckley d'Hallelujah ou de Lilac Wine... On est happé par la force de ce titre qui nous kidnappe à la première écoute, et dont on sait instantanément qu'il va nous accompagner durablement.

La charnière de la plupart des chants repose sur la guitare acoustique de David. Essentiellement arpégée, amenant en douceur des suites de mélodies aériennes. Le caractère éthéré des cordes provient uniquement du jeu et non d'effets ajoutés. La proximité avec laquelle les guitares sont captées donne le sentiment d'être collé au bois des instruments. Très peu de sophistications ont été ajoutées lors du mixage, hormis quelques voix doublées à l'octave et de rares mais très fins additifs électroniques (notamment sur Arise). Le rendu, brut et aérien, s'accorde parfaitement au dépouillement spirituel de We Sprout In Thy Soil.

David Åhlén invite à de multiples reprises d'autres musiciens : contrebassiste, choristes et même, sur certains morceaux, l'Ensemble de musique de chambre de Stockholm. Leurs contributions, d'un dépouillement extrême, laissent la voix de David Åhlén et ses résonances occuper l'espace, avec toute la quiétude qui en résulte.

La musique, et a fortiori la voix, sont habitées d'une immense tristesse. C'est ce qui leur permet d'être aussi réconfortantes. Les thématiques de la culpabilité, du sentiment d'infériorité et du processus de guérison, ici envisagées dans une acceptation religieuse, sont des motifs classiques chez bien des songwriters désespérés. On imagine certains des titres écrits pour apaiser un deuil. David Åhlén chante la petitesse des humains, et la sienne. "One day for you is like one thousand years for us", dit-il sur We Sprout In Thy Soil. On pourrait évoquer le You Will Miss Me When I Burn de Will Oldham, habité d'un détachement similaire.

A ceci près que David Åhlén s'interdit le désespoir. Et tente de nous entraîner avec lui.

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Pochette Disque We sprout in thy soil

» Tracklisting

  1. Spirit fall
  2. Fountain of light
  3. Arise
  4. Protective leaves
  5. Rose of sharon
  6. Altar
  7. Stir our hearts
  8. Ocean
  9. Whisper his name
  10. We sprout in thy soil

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