Shannon Wright

Honeybee Girls

( Vicious circle ) - 2009

» Chronique

le 21.09.2009 à 06:00 · par Vincent B.

Deux ans après Let In The Light, album perçu par certains comme un renouveau, un passage à la maturité, et par d'autres comme une trahison et un opus dénaturé, Honey bee girls arrive enfin. A la fois radicalement différent de son prédécesseur, et en même temps dans une continuité logique, si l'on considère la maturation qu'a pu prendre sa musique en deux ans.

L'album s'ouvre sur Tall countryside. Grands espaces donc. Étonnante, pour la plus francophile des alternatives américaines, signée encore chez le label bordelais Vicious Circle, cette référence aux grands espaces. Mais c'est justement ce qui diffère des albums précédents. Les albums produits par Steve Albini avaient leurs espaces propres, comme cachetés à la cire par le producteur. Pas de reverb, peu d'effets. L'impression magistrale que la batterie est dans votre appartement. Ici l'espace est bien plus feutré. Plus travaillé également que sur Let In The Light. Cotonneux dans le bon sens du terme. Caisse claires caressées aux balais. Successions de couches sonores amorties. Comme pour marquer le changement après les critiques essuyées. Un changement qui suit les directions antérieures, qui les entérine. Comme si Andy Baker s'affirmait à la production. Pas évident de passer après Steve. On ne peut que féliciter le bassiste et complice de Shannon Wright de cette affirmation stylistique.

Shannon Wright a changé. Hurler, même magnifiquement, semble ne plus lui suffir. Même si deux des titres, on y reviendra, conservent la rage des premiers albums. C'est ailleurs qu'il faut aller chercher les singularités du disque. Sur Honey Bee Girls qui donne son nom à l'album, et sa mélodie rythmique au piano, accompagnée d'une voix aérienne et quasi fantomatique. Et surtout sur Father. Titre qui fait place à l'électronique, avec ses percussions qui nous évoquent le Kid A de Radiohead. Et ses sons ambiants qui nous renvoient au Low de Secret Name, produit par... Albini. Toutes ces modifications, maturations, couches successives, semblent servir une dimension codéïnée, hypnotique de l'album. A écouter allongé donc. On songe aux berlinois de Underwires, qui savent manier cette tristesse dans un mélange de piano et d'électronique, plutôt qu'aux artistes habituels auxquels a été comparé Shannon. "It never seemed quiet like this" dit elle. Album du regard en arrière et des illusions perdues.

Il semble que les titres fonctionnent par duos sur Honey Bee girls. Des atmosphères similaires, qui marchent main dans la main, et se font échos, d'un titre l'autre. Ce qui confère à l'opus un caractère d'objet dense, complet. Dans la première moitié, l'enchainement des deux titres rageurs que sont Trumpets On New Year's Eve et Embers In Your Eyes nous évoquent ses premiers albums produits par Albini. Vus de loin, de haut semblerait il. La rage n'a pas la même proximité, la production l'a digéré, volontairement, comme une manière de l'intégrer parfaitement à l'opus. En conséquence ils n'ont pas la facilité d'accès des anciens titres. A la première écoute, l'album est plus troublant encore que ne l'était Let In The Light. Peut-être est-ce le propre d'un album mature. Le plaisir s'installe lentement, inoculé par doses grandissantes avec la succession des écoutes.

Le duo magistral, Shannon le garde pour la fin, avec Strings of an epilleptic revival, d'abord, et Asleep, une reprise des Smiths. Terminer cet album sur la chanson la plus triste de Morrissey, quand on accusait la musique de Wright de souffrir du fait qu'elle, Shannon, aille mieux... Sa reprise n'a rien à envier ni à l'originale, ni à la reprise de Xiu Xiu du même titre, sur Fag patrol. Strings of an epilleptic revival atteint quand à elle des sommets, tant en terme de qualité de composition, d'intensité émotionnelle, que de douceur des arrangements.

Strings Of An Epileptic Revival... Comme si Shannon Wright avait qualifié sa propre progression musicale...

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Pochette Disque Honeybee Girls

» Tracklisting

  1. Tall countryside
  2. Trumpets on new year's eve
  3. Embers in your eyes
  4. Honey bee girls
  5. Black rain
  6. Father
  7. Sympathy on Chaleen avenue
  8. Never arrived
  9. Strings of an Epilleptic revival
  10. Asleep

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