Port-Royal

Dying In Time

( n5MD ) - 2009

» Chronique

le 30.10.2009 à 06:00 · par Dominique K.

Il y a des disques qui suscitent des attentes bien particulières et qui exercent auprès de ses auditeurs une irrésistible attraction, presque magnétique. Nous cherchons tous, à un moment donné, le disque magique, le disque qui nous accompagnera durablement, qui nous ravira encore dans quelques années, malgré le passage du temps et d'autres découvertes musicales. Le post-rock a beau vivre ses dernières heures, ses dernières notes n'en sont pas moins dénuées de sens et de beauté. Et dans une ire agonisante, ce genre musical trouve en Port-Royal son dernier (et courageux) porte-étendard. On rêvait avec eux des plaines enneigées et de courants d'air frais, on pense cette fois-ci à la toundra et à ces steppes vertes qui s'étendent à l'infini. Port-Royal a cette faculté d'invoquer les esprits des plaines, sans pour autant tomber dans le cliché facile. Dying In Time, c'est une variation sur le même thème, une insatisfaction post-mortem, ce dernier souffle dont on ne sait que faire.

La magie de ce disque réside dans son unité d'ensemble du premier morceau Hva à Balding Generation, véritable fin de cet album, avant le triptyque final Hermitage. A la lueur du soleil d'automne, nous nous retrouvons donc à effeuiller un disque à huit pétales : je t'aime, à la folie, passionnément... Hva (failed revolution) est une mise en bouche, les quatre membres du groupe cherchent ici une voie toute sibylline, ils tentent de trouver leurs marques, s'essaient au chuchotement, à l'écho chanté, puis le temps s'éclaircit, le chant toujours chuchoté se fait plus cristallin : on entre de plain-pied dans le sujet, HVA ou cet outil de propagande efficace qu'était le contre-espionnage est-allemand. Nos quatre génois signent, avec ce titre, l'une des plus belles pièces IDM qui soient à ce jour. Le second morceau Nights in Kiev est, quant à lui, le bonbon qu'on attend : une parfaite ritournelle suffisamment glitch pour que l'on puisse commencer à dodeliner de la tête, sans trop réfléchir à ce que l'on fait. Elles semblent néanmoins éprouvantes ces nuits ukrainiennes, vodka et froid ne font pas bon ménage et la gueule de bois semble être le dernier refuge. Nights in Kiev est l'écho pudique à Anya Sehnsucht du précédent album Afraid To Dance. Puis on enchaîne sur Anna Ustinova, ode à cette jeune sportive kazakh du saut en hauteur. Une parenthèse dans la vie de Dying in Time, un moment de fraîcheur, un regain de jeunesse avant d'aborder le sommet Exhausted Muse\Europe, long morceau de 9 min 37, morceau tout en cassure et retenue : la guitare est discrète, le tempo mesuré jusqu'à une explosion rythmique soutenue par les percussions électroniques. Ce morceau rare porte en lui les germes des passions et des déceptions que provoquent inlassablement le vieux continent chez ses habitants. I Used to be Sad rappelle discrètement les plus belles heures de New Order par sa discrétion et son non-chant. Et ainsi de suite.

Dying In Time est donc ce disque mystère et magique. Ce n'est pas seulement une petite merveille, mais aussi quelque chose d'autre : on finit en effet par croire que non décidément le rêve n'est pas cette image ténue d'une passion oubliée.

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Pochette Disque Dying In Time

» Tracklisting

  1. Hva (failed revolutions)
  2. Nights in kiev
  3. Anna ustinova
  4. exhausted muse/europe
  5. I used to be sad
  6. Susy: blue east fading
  7. The photoshopped prince
  8. Balding generation (losing hair as we lose hope)
  9. Hermitage pt. 1
  10. Hermitage pt. 2
  11. Hermitage pt. 3

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