le 27.11.2009 à 00:00 · par Eric F.
Deux mois après sa sortie (et la digestion qui l'accompagne), ce Popular Songs me semble toujours aussi problématique : est-il le disque réussi d'un groupe dont l'âge commence à peser ou bien s'agit-il du disque partiellement raté d'un groupe dont on est en droit d'attendre beaucoup mieux ? A en juger par les récents concerts du groupe, on pourrait presque éliminer la première solution d'office...
Popular Songs est une nouvelle fois le disque d'un groupe qui n'a plus à prouver qu'il sait être à l'aise dans des styles extrêmement variés. Le parti pris, sur cet album, d'aller se frotter à la Motown et autres joyeusetés semblait rudement casse-gueule. Au final, on sera tout aussi contrasté que sur la qualité globale du disque : Periodically Triple Or Double et son clavier sont terriblement funkys, mais cette belle réussite est contre-balancée par un If It's True, où on s'attenderait presque à entendre une voix off débarquer pour nous promettre que "la montagne, ca vous gagne !". Et si le joli When It's Dark (adorable Georgia Hubley) nous ramènerait presque à l'époque Fakebook, l'autre morceau acoustique du disque, The Fireside, se révèle au final n'être rien d'autre qu'une longue impro quasi dronesque de onze minutes sans grand intérêt...
Heureusement que ce constat de contradictions ne s'applique pas à l'électricité : une fois de plus, le trio d'Hoboken a marrié à la perfection orientation pop et rendu bruyant sur un Nothing To Hide jubilatoire, qui a bien du faire sursauter le public de Frédéric Taddeï lors d'un récent passage du groupe à Ce Soir Où Jamais (oui madame, il y a de quoi en rester bouche bée). Encore plus fort, More Stars Than There Are In Heaven est beau comme du My Bloody Valentine sous sédatif et remporte haut la main la palme du meilleur morceau de l'album. Quant au monstrueux And The Glitter Is Gone, il suit avec brio la lignée des I Heard You Looking, Blue Line Swinger ou plus récemment The Story Of Yo La Tango dans le registre "electric freakout". Dieu soit loué pour la Stratocaster d'Ira Kaplan !
Le problème est que deux de ces trois morceaux se trouvent en fin de disque et qu'il faut endurer une sacrée traversée du désert pour y parvenir. Engoncé dans un faux-rythme pas franchement emballant et versant parfois dans le gnangnan, on commence à trouver le temps un peu long avant ce final salvateur, quoique lui aussi entaché par The Fireside. C'est bien dommage car Yo La Tengo avait plutôt bien réalisé son entame, en partie grâce à James McNew qu'on prend plaisir à voir prendre de plus en plus d'importance derrière le micro, même si Here To Fall est malheureusement alourdi par des cordes superflues.
Yo La Tengo, après déjà vingt cinq années de bons et loyaux services, a réalisé avec ce Popular Songs un album qui est loin des standards imprenables du groupe (Fakebook, Electro-Pura, I Can Hear The Heart Beating As One...) mais qui contient tout de même son lot de très bons moments. Au final, le disque n'en renforce que plus notre proximité avec le groupe, qui donne encore et toujours l'impression de modestes (mais géniaux) artisans plutôt que des icones du rock indé. Vraiment pas de quoi terminer notre histoire d'amour avec eux donc.
