Akalé Wubé

Akalé Wubé

( Clapson / Mosaic Music ) - 2010

L'âge d'or du son éthiopien réinterprété par un quintet français.

» Chronique

le 28.05.2010 à 06:00 · par Mathias K.

Chez Akalé Wubé, il y a deux membres du bien nommé quartet français FRIX : Etienne de la Sayette (saxophone ténor et flûte) et David Georgelet (batterie). Le reste du groupe se compose de Paul Bouclier (trompette, mélodica, percussions), Loïc Réchard (guitare) et Oliver Degabriele (basse électrique). Pour la petite histoire, le nom du groupe est emprunté à un thème de Gétatchèw Mèkurya qui signifie « ma jolie » en langue arhamique. C’est un même goût pour l’éclectisme qui a présidé à la formation du quartet et, dixit Etienne, l’alchimie a tout de suite été belle entre ses membres. Le premier constat que l’on peut faire est : ça s’entend ! FRIX mélange jazz acoustique libre avec des touches d’électro assez déconnantes ; Akalé Wubé est né d’un désir de revisiter les classiques de l’âge d’or de la musique éthiopienne (années 60 et 70) remis au goût du jour par la série des Ethiopiques de Buda Musique.

Reprendre un certains nombre de titres, les réarranger dans l’esprit de l’époque actuelle : tel est le projet, entre plaisir épicurien de la reprise/réappropriation et démarche savante d’exploration et d’interprétation. A l’arrivée, une douzaine de titres d’excellentes factures suant le groove par tous les pores, électriques, énergiques, dansant et à l’atmosphère aussi envoûtante que celle des originaux. De l’éthio-jazz façon Mulatu Astakte (Jawa Jawa) aux shellela* virulents qui grimpent immédiatement sur le versant épique en passant par des compositions plus rétros (Ayalqem Tèdèngo), Akalé Wubé ne fait aucun faux pas sur ce premier album.

Pourquoi une telle aisance du groupe avec ce répertoire dont le langage semble a priori éloigné du son occidental ? Peut-être parce que la musique éthiopienne est en elle-même une musique éclectique, défendant une identité forte et s’abreuvant en même temps aux musiques populaires occidentales (on y sent une influence décisive de la pop à guitares et du funk) et aux autres musiques noires : les arrangement traditionnels de Gubèlyè ou de Bazay, le groove très reggae de Kokob, le son afrobeat de Nèstanèt.

Le quintet alterne titres chaloupés et/ou atmosphériques (Djemeregne) et compositions virulents (Mètchè Nèw, sur lequel se déchaîne la flûte et constitue de fait, un parfait final, avant l’épilogue apaisant, Ragalé). Alchimie, disait-on plus haut. A l’évidence, le groupe se laisse guider par l’exigence du groove et le service du jeu collectif, en gardant en tête le principe de brièveté (point trop quand même, le temps de délivrer quelques beaux chorus et crescendos mémorables) et d’efficacité. Sans ambition révolutionnaire d’aucune sorte, la musique du quintet convainc haut la main par le plaisir qui s’en dégage et la qualité de la jouerie, comme on dit en milieu jazzistique. On vous conseille d’aller y voir par vous-mêmes : sur disque ou, mieux encore, en live, par exemple le samedi 29 mai au Lavoir Moderne.

* Le shellela est un chant de guerre traditionnel éthiopien que Gétatchèw Mèkurya a transposé, le premier, pour le saxophone, inventant par la même occasion une musique renversante.

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Pochette Disque Akalé Wubé

» Tracklisting

  1. Ayalqem Tèdèngo Intro
  2. Ayalqem Tèdèngo
  3. Jawa Jawa
  4. Kokob / Mètché Dershé
  5. Nèstanèt
  6. Gubèlyé
  7. Nebyat
  8. Bazay
  9. Djemeregne
  10. Yekatit
  11. Mètché Nèw
  12. Ragalé

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