Arandel

In D

( InFiné ) - 2010

» Chronique

le 08.10.2010 à 06:00 · par Rémi Q.

Derrière Arandel se cache une entité volatile qui a choisi de rester discrète : s'agit-il d'un groupe, d'une seule personne ? Peu importe, seule la musique compte, c'est que semble nous dire In D. Mais pour me faciliter l'écriture, je vais considérer qu'il s'agit d'une personne. Empruntant son nom au patois haut-savoyard, notre hirondelle se révèle cette année avec un disque de haute volée. Dans la forme, ce disque est incontestablement électronique... Pulsations sourdes, basses rondes et d'un noir de jais, structures majoritairement répétitives. Difficile de ne pas penser à la minimale allemande, ou à Murcof, dans cet art de l'économie qui dessine, paradoxalement, des espaces vierges immenses.

Cependant, à la différence de son comparse mexicain, quelque chose dans la musique d'Arandel se révèle au fil du temps très chaud, voire parfois lumineux... Vocalises incantatoires de Fredo Viola, cordes, accordéon... Les micro-beats sont taillés dans une matière organique, à partir d'enregistrements divers. En réalité, Arandel s'est fixé son propre Dogme, pour imposer à sa créativité les bornes nécessaires à son épanouissement : interdiction d'utiliser des instruments virtuels (plug-ins) ou des samples, tout doit être enregistré, des synthés à tous les instruments de musique possibles.

A l'heure où la création musicale tend à se désincarner dans les possibilités sonores des logiciels informatiques, Arandel remet l'ordinateur à sa place essentielle, à sa position d'outil d'agencement de sons. Même si sa démarche n'est pas révolutionnaire, elle a le mérite d'être rigoureusement respectée et de permettre à l'artiste de bâtir un projet réellement personnel.

Clin d'œil au In C de Terry RileyIn D refuse par contre de poser des règles stylistiques précises. Il n'est pas interdit de bâtir un chaos sur des schémas stricts, en témoigne la track-list hiératique, dont les numéros ne se suivent pas. Guidé par son idée de faire de la musique majoritairement électronique par le biais de sources qui, a priori, ne s'y prêtent pas, Arandel sort des cadres. Et nous pond par exemple un petit chef-d'œuvre mélodique, #7, où une superbe et intemporelle mélodie marquée par un mélodica ou un accordéon se pose avec gravité sur un beat calmement métronimique, tandis que des cordes sombres se perdent dans le lointain. Ce morceau est une grande claque. Puis, vient #9, avec sa batterie caverneuse et ses accords saturés, apocalyptiques, proche d'un krautrock déstructuré... On navigue dans des espaces sonores parfois dénudés jusqu'à l'os, parfois presque grandiloquents, qui n'ont pas besoin d'être nommés, au fond. Contemplatif dans la plupart des cas, toujours pétri d'idées généreuses, judicieusement produit, ce petit disque est une preuve vivante que le concept ne sert à rien en tant que tel. Il est au service du résultat. D'un concept exigeant est né un disque singulier, mais surtout, franchement accessible et beau.

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Pochette Disque In D

» Tracklisting

  1. #1
  2. #5
  3. #6
  4. #7
  5. #9
  6. #10
  7. #8
  8. #3
  9. Epilogue

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