Les Marquises

Lost Lost Lost

( Lost Recordings ) - 2010

Un premier album pour un groupe frano-américain à suivre

» Chronique

le 23.11.2010 à 06:00 · par Mathias K.

A écouter Lost lost Lost, on se dit deux choses : Les Marquises sont un groupe ambitieux, et ils se donnent les moyens de cette ambition. Partant de là, ils ont nécessairement déjà gagné la partie. Projet franco-américain, il réunit Jean-Sébastien Nouveau (Immune, Recorded Home, Colo Colo), l’américain Jordan Geiger (Minus Story, Shearwater, Hospital Ships) et Jonathan Grandcollot (Pan Pan Pan, Robe Et Manteau), ainsi qu'une brochette d'amis et collaborateurs.

Lost Lost Lost s'inspire de l'oeuvre d'Henry Darger (1892-1973), concepteur d'un univers à part qu'il a intitulé Realms Of The Unreal, "une sorte de bande dessinée homérique en 13 volumes, faite de grandes aquarelles naïves et hallucinées", dixit le groupe.

Il y a donc, pour cet album, de la matière. Et de fait, il commence très fort, avec la batterie affolée d'Only Ghosts, qui installe un espace sonore bientôt saturé de tout un ensemble d'instrument (cuivres, flûtes, claviers, guitares, sons électroniques), et progressant lentement vers un chaos free rock fort plaisant. Les références audibles dans la musique des Marquises sont à l'avenant : Robert Wyatt au premier chef, Radiohead, Can, Sun Ra et Moondog (pour les cuivres et la dimension orchestrale), Third Eye Foundation ou encore Notwist. On pense aussi très souvent à Up de R.E.M. : c'est forcément une bonne chose !

L'album oscille ainsi entre grands huit émotionnels où l'auditeur est capturé d'un seul coup par l'intensité et la pulsation de la musique (Only Ghosts, Comme nous brûlons) et compositions plus aérées, plus libres, relevées d'un beau travail de sound desing (La Terra Trema) ou de facture plus dépouillée, comme les arpèges d'In this Carnival of Lights, accompagnées de sons d'oiseaux, fragments de musique concrète prélevée à des sources inconnues. Le choix des arrangements et la mise en son sont toujours impeccables, qu'il s'agisse de la boucle hypnotique et stevereichienne qui ferme Terrible Horses, de l'enchevêtrement des cuivres dans Sound and Fury ou du son très spécifique de la batterie sur ce même morceau ou Comme nous brûlons.

Ce sont aussi ces références qui ôtent à cette musique une part de la légèreté dont elle pourrait parfois avoir besoin : elles saturent par endroit les compositions d'une volonté de bien faire, de se mesurer aux modèles, un peu écrasante. Témoin le désespoir qui émane de ce disque : il le leste d'une indéniable dimension, d'une profondeur en quelque sorte, mais qui semble parfois un peu démonstrative, comme si on avait décidé d'ouvrir à fond les vannes de l'expérience expressive.

Ces remarques qui pourront sembler sévères ne comptent pas vraiment face à la belle qualité d'ensemble de cet album, la cohérence de ses intentions, la richesse de ses compositions et le soin (perfectionniste, c'est évident) apporté à sa production et à ses arrangements. Il est donc très chaudement recommandé d'écouter Lost Lost Lost !

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Pochette Disque Lost Lost Lost

» Tracklisting

  1. Only Ghosts
  2. La Terra Trema
  3. Sound and Fury
  4. In this Carnival of Lights
  5. Comme nous brûlons
  6. Terrible Horses

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