Bill Callahan

Apocalypse

( Drag City ) - 2011

» Chronique

le 22.04.2011 à 06:00 · par Gaël P.

De l'équipe qui entourait Bill Callahan sur Sometimes I Wish We Were An Eagle, le précédent album, seul reste Jonathan Meiburg (piano, Wurlitzer). A nouvelle équipe, nouvelle musique? Aucunement, la musique de l'ancien Smog étant tout à fait reconnaissable sur ce nouvel album, le backing band servant surtout de précieux écrin aux compositions. La difficulté serait plutôt aujourd'hui pour le musicien de proposer quelque chose à la hauteur de ses grands albums afin de ne pas décevoir le fervent admirateur, anxieux à la première écoute du disque. Et ce d'autant plus lorsque le talent de Callahan y semble plutôt distillé que révélé. Sur ces sept nouvelles compositions, il est vrai que c'est bien plus au travers d'une démarche paisible et rassurée qu'à l'aune de l'illumination du chef-d'oeuvre que m'apparaît la musique de l'américain.

L'album semble comme scindé en deux parties bien distinctes : l'une bigarrée et tortueuse, l'autre (plus connue) mélancolique et à haute teneur en spleen. Universal Applicant étant comme le maillon reliant ces deux pôles, son final profondément mélodique diluant sa progression de départ tumultueuse dans des territoires plus propres à Smog. Quoique Sometimes I Wish We Were An Eagle comme, pour citer un exemple plus précis, Palimpsest sur A River Ain't Too Much To Love avaient déjà prouvé le potentiel de déconstruction de Callahan. Cette qualité permettant de manière plus insidieuse un certain cynisme quant à la politique américaine (America!), dans un registre certes moins incisif que Shipping News mais tout aussi réflexif.

Le principal atout de Apocalypse se situerait finalement, à mon sens, dans une perspective microscopique, les détails au creux des compositions se révélant les affects les plus stimulants au fur et à mesure des écoutes. Que ce soit de légères notes de piano à l'arrière-plan d'un morceau ou bien des lignes de fuite dressées par une guitare électrique, leur capacité à donner une profondeur comme à réengager le sens de tout ce qui est advenu avant leurs arrivées sont des sources souvent de jubilation. Ne serait-ce que par leur douceur diffuse, les flûtes présentes sur différents morceaux, héritières du bucolique Astral Weeks de Van Morrisson, insufflent de la vigueur à l'ensemble dans lequel elles s'insèrent. La politique du détail tel que la réalise Callahan devrait être poursuivie par bien d'autres adeptes du folk (qui trop souvent misent sur la mythologie du retour aux origines par un dénuement souvent bien ennuyeux). L'exemple de l'album "acoustique" de Jay Mascis l'illustre bien. Ce sont sur ses toutes dernières compositions qu'il emporte mon adhésion par l'infiltration de l'électrique et l'élargissement de sa palette de sonorités.

Au regard de l'alternative mélancolique, Riding For The Feeling et One Fine Morning en sont les dignes représentants. Sous leurs allures conventionnelles, ces deux compositions ne constituent pas moins une forme aguerrie de la ballade chère à Callahan. La seconde pouvant être comparée à Let's Me See The Colts de A River Ain't Too Much To Love par sa touchante mélancolie diffusée de manière parfaitement linéaire sans que rien ne vienne la perturber.

Poursuivant les efforts de Sometimes I Wish We Were An Eagle tant dans la sagesse des compositions que dans les utilisations du studio, Bill Callahan signe là une belle confirmation contrastant avec le brouillon (provocant) que constituait Woke On A Whaleheart.

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Pochette Disque Apocalypse

» Tracklisting

  1. Drover
  2. Baby's Breath
  3. America!
  4. Universal Applicant
  5. Riding For The Feeling
  6. Free's
  7. One Fine Morning

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