Lee Ranaldo

Between The Times & The Tides

( Matador ) - 2012

» Chronique

le 10.04.2012 à 18:00 · par Eric F.

On s'était jusqu'à présent habitué à voir Lee Ranaldo sortir des albums solo aux concepts musicaux tous plus abstraits les uns que les autres, sans oublier ses innombrables collaborations expérimentales avec sa femme Leah Singer, William Hooker, ou encore Christian Markley... On trouvait bien quelques contributions au format plus traditionnel, principalement sur des tribute albums (Bob Dylan, Wire, Neil Young...), mais jamais n'avait-on été soulagé de la frustration de n'entendre Lee Ranaldo que sur deux morceaux par album de Sonic Youth.

Tout cela, c'était avant le divorce du couple Gordon - Moore, qui en plus d'avoir mis en question l'existence de Sonic Youth, aura donc donné l'occasion à Ranaldo de poursuivre une nouvelle voie. Et pour son premier album, le Lee Ranaldo Band a sacrément fière allure : le fidèle lieutenant Steve Shelley est à la batterie, John Medeski est aux claviers, la basse pour Irwin Menken. Alan Licht et l'inoxydable Nels Cline renforcent quant à eux l'arsenal guitaristique.

Le single Off The Wall aura surpris par sa tenure ultra-pop (Lee Ranaldo voulait-il nous consoler du split de R.E.M.?), mais aura également rassuré : on est ici loin de la formule intimiste chère à Thurston Moore ou Jay Mascis ces derniers temps. Seulement deux morceaux acoustiques au compteur pour ce disque où, ô surprise, les guitares occupent les premières places. On pensera forcément à Sonic Youth (sans qu'aucun titre ne frole le "plagiat"), Television ou encore Neil Young & Crazy Horse tout au long de ce Between The Times & The Tides. Visiblement à l'aise dans son rôle de frontman, Lee Ranaldo s'évade, à l'image de l'inaugural Waiting On A Dream, aussi intenable qu'incisif dans sa façon de proclamer l'indépendance du guitariste de Sonic Youth. Indépendance également marquée par des titres comme Tomorrow Never Comes, gentiment psychédélique, ou encore Angles, concurrent de poids pour le titre de morceau le plus efficace du disque.

Les textes auront également été recentrés sur une base plus pop que d'habitude. La traditionnelle écriture beat de Ranaldo cédant la place à des paroles plus simples et narratives. Ça n'est pas une réussite sur quelques passages peu aboutis qui cèdent un peu trop à la facilité, mais l'ensemble n'en a pas moins fière allure. Les textes de Fire Island (Phases), par exemple, semblent d'une banalité affligeante à leur simple lecture, mais on se rend vite compte qu'ils font un parfait contrepoids à l'accompagnement musical schizophrène, capable de rappeler la reprise d'All Along The Watchtower par The Million Dollar Bashers sur la b.o. d'I'm Not There autant que de nous amener sur un territoire country aussi inattendu que réussi.

Si Sonic Youth était incontestablement un passage obligé pour arriver à ce disque, le grisonnant guitariste ne s'est pas pour autant contenté de bégayer benoitement. On ne doute pas que l'exercice aurait également été une belle réussite, à l'image d'un Xtina As I Knew Her, rappelant la délicieuse période A Thousand Leaves. Ranaldo a préféré opter pour une approche plus instinctive et moins aventureuse, à l'image de son simple statut de guitariste rythmique, Nels Cline assurant avec brio les parties lead. C'est donc en passant par ce disque de classic rock a l'efficacité redoutable que Lee Ranaldo offre le meilleur palliatif à la disparition (momentanée ?) de Sonic Youth et laisse entrevoir de réjouissantes perspectives pour le new-yorkais, qu'on avait toujours rêvé de voir en band leader. Il va sans dire que toute cette attente en valait la peine.

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Pochette Disque Between The Times & The Tides

» Tracklisting

  1. Waiting On A Dream
  2. Off The Wall
  3. Xtina As I Knew Her
  4. Angles
  5. Hammer Blows
  6. Fire Island (Phases)
  7. Lost (Plane T Nice)
  8. Shouts
  9. Stranded
  10. Tomorrow Never Comes

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