James Blackshaw

Love Is The Plan, The Plan Is Death

( Important ) - 2012

» Chronique

le 23.05.2012 à 06:00 · par Gaël P.

Par la parution l'année dernière, sur Important Records également, de l'Ep Holly, James Blackshaw avait éveillé à nouveau mon enthousiasme pour les méandres de sa musique instrumentale, laquelle m'avait paru un peu plus systématique, plus rigide sur son dernier album qui ne manquait néanmoins pas de qualités, All Is Falling, sorti voilà deux ans sur Young God. En vérité, sur ce dernier, certaines parties accompagnées au violon, faisant songer étrangement aux compositions de Yann Tiersen, éludait par leur présence le caractère folk primitif - l'héritage direct du label Takoma de John Fahey - si cher au musicien anglais, mais aussi à une bonne partie de ses admirateurs. Depuis quelques albums, les perspectives musicales de Blackshaw s'étaient en fait orientées très nettement vers certains modèles répétitifs proches de ceux de Philip Glass et de Terry Riley mais aussi d'une bonne partie de la musique électronique minimaliste.

Avec ce nouvel album, où se côtoient piano, clavier et bien sûr guitare à douze cordes, le retour à des compositions plus mélodiques, plus chargées en émotions se rapprochant dans leur logique de celles de O True Believers (album qui pour beaucoup semble la réalisation la plus inspirée du jeune musicien), est en mesure de susciter un engouement pour les adeptes de la période Bo'Weavil Recordings. Dès la première écoute, l'étonnement sera de mise eu égard au fait que cette pratique musicale plus "naturelle", moins structurelle (du moins en apparence), se fait en adoptant certaines références pour le moins récentes et qui paraissaient a priori loin de l'univers de Blackshaw : le jeu de guitare par moments hispanisant proche de celui de Mark Kozelek sur sa dernière livraison de Sun Kil Moon (de manière très frappante sur Her Smoke Rose Up Forever) comme des mélodies au piano rappelant les bandes originales "naïves" du cinéma asiatique contemporain, notamment celles des films de la japonaise Naomi Kawase.

La particularité la plus saisissante de ces six nouvelles compositions serait en fait la façon dont elles permettent chacune de dévoiler des moments de grâce très discrets amenés par des arrangements subtils : telle, de manière exemplaire, la montée submergente du clavier sur la fin du très beau A Momentary Taste Of Being. C'est en vérité par cette faculté de savoir lier les choses entre elles avec un art évident de la retenue que James Blackshaw intègre merveilleusement bien les deux compositions intégralement au piano à l'ensemble du disque - cela même avec un titre aussi étonnant que And I Have Come Upon This Place By Lost Ways où la voix de Geneviève Beaulieu (Menace Ruine), proche des chansons populaires asiatiques, sonne étrangement dans le cadre musical de l'anglais. Tout au long de l'album, on sent bien que Blackshaw s'investit d'ailleurs avec beaucoup d'émotion dans l'élaboration de ses compositions, marquant cette proximité par une forte présence corporelle représentée par des respirations soudaines, proches parfois du soupir, équivalentes aux fredonnements des pianistes. C'est dire qu'après une approche du folk ayant intégré les paramètres de l'ambient et de l'électronique sur les disques précédents, il semble nécessaire de saluer ce renouvellement par le piano et les musiques étrangères (asiatique, comme espagnole), démonstration évidente de la curiosité constante de son auteur envers des territoires éloignés de ses intérêts originels ; lequel, en bon connaisseur de l'histoire du folk, a bien saisi également les avantages de l'hybridité.

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Pochette Disque Love Is The Plan, The Plan Is Death

» Tracklisting

  1. Love Is The Plan, The Plan Is Death
  2. Her Smoke Rose Up Forever
  3. And I Have Come Upon This Place By Lost Ways
  4. A Momentary Taste Of Being
  5. We Who Stole The Dream
  6. The Snow Are Melted, The Snow Are Gone

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