The Walkmen

Heaven

( Fat Possum / Bella Union ) - 2012

» Chronique

le 06.06.2012 à 06:00 · par Eric F.

Si les Walkmen ont fini par atteindre un statut certain de porte-drapeaux de l'indie rock, c'est en partie grâce à des concerts survoltés, où Hamilton Leithauser aime toujours se lâcher à plein poumons et Matt Barrick martyriser ses fûts de mille façons imaginables. Mais ce succès vient avant tout d'une progression d'albums assez impressionnante entre A Hundred Miles Off et Lisbon. Certes, ce dernier donnait une impression de légèreté assez inédite pour le groupe, mais il lui aurait été compliqué de ne pas capitaliser le succès de You & Me, véritable chef d'oeuvre qui reste pour l'instant insurpassable.

Ça ne sera en tout cas pas Heaven qui fera figure de prétendant sérieux à cette succession : là où You & Me séduisait par ses basses envoutantes et ses morceaux suintant de classe urbaine, Heaven semble désormais bien plus intéressé par un éventuel tirroir-caisse plein à vomir, tant presque tout sent ici l'envie de proposer du tube qui cartonnera en radio, peu importe si on se rapproche dangereusement de U2 et de leurs clones de Coldplay et que le groupe ne s'applique qu'à réciter sa leçon avec de sempiternels refrains chantés à l'octave des couplets.

Si ce constat est extrêmement sévère, il faut bien dire qu'Hamilton Leithauser nous aura repoussé dans nos derniers retranchements. On ignore ce qui lui est arrivé quand il s'est attaqué à l'écriture de Heaven, toujours est-il que celui-ci a jugé bon de nous gratifier d'une bonne demi-douzaine de "who ho ho" tout au long du disque. Heaven en est la parfaite illustration : rock fm à n'en plus pouvoir, le morceau avait pourtant un beau potentiel mais se retrouve flingué par les errements de son chanteur, embourbé dans ses onomatopées ridicules de banalité et de récurrence (on vous fera grâce des remarques sur la production plus que discutable qui l'accompagne). Comme si ce signe flagrant d'impuissance n'était pas suffisant, on déplorera également les batteries du disque, à des années lumières du jeu inspiré et imaginatif que Matt Barrick propose d'habitude, qui se contentent de marquer le rythme avec le minimum syndical.

Tout avait pourtant bien débuté avec un We Can't Be Beat aussi surprenant que réussi, dans une veine acoustique à laquelle les Walkmen nous avaient jusque là peu habitués. Mais plus les chansons défilent et plus la triste conclusion s'impose : ce disque n'a absolument rien à faire dans la discographie d'un groupe pourtant si souvent passionnant. Qu'on ne se méprenne pas, Heaven compte quelques morceaux qui n'ont pas à rougir face au reste du répertoire des Walkmen, comme le subtil instrumental Jerry Jr.'s Tune ou encore Song For Leigh. C'est malheureusement insuffisant pour nous faire oublier des morceaux aussi insignifiants que Southern Heart (qui démontre que n'est pas Bill Callahan qui veut) ou Nightingales, sans inspiration et en totale roue libre. La liste de morceaux irritants ou tout simplement banals (Love Is Luck, déjà entendu cinquante fois et en mieux) est malheureusement beaucoup trop longue pour qu'on puisse pardonner à Heaven ses errements coupables.

Pourtant proche du plantage complet, Heaven aura réussi à tromper son monde, tant l'album semble acclamé un peu partout comme celui de la maturité. Heaven est ce disque, dans le sens où il propose un rock de "vieux", complètement enfermé dans ses clichés et ses automatismes. Qu'un tel disque existe, on peut le concevoir volontiers. Mais qu'il nous vienne d'un groupe tel que les Walkmen rend la pilule bien trop difficile à avaler.

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Pochette Disque Heaven

» Tracklisting

  1. We Can't Be Beat
  2. Love Is Luck
  3. Heartbreaker
  4. The Witch
  5. Southern Heart
  6. Line By Line
  7. Song For Leigh
  8. Nightingales
  9. Jerry Jr.'s Tune
  10. The Love You Love
  11. Heaven
  12. No One Ever Sleeps
  13. Dreamboat

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