Silver Jews

Early Times

( Drag City ) - 2012

» Chronique

le 06.07.2012 à 06:00 · par Sébastien D.

Les Silver Jews, c’est sans doute la meilleure chanson des années 90, New Orleans, au moins quatre albums inépuisables (Starlite walker, The natural bridge, American water, Bright flight), beaucoup beaucoup de refrains chantés à tue-tête, et une immense déception en apprenant, il y a trois ans, que David Berman mettait en suspens son groupe pour se consacrer à d’autres activités.

Pour faire patienter les fans, si raison de patienter il y a, Drag City profite de cette séparation pour ressortir les deux premiers ep, Dime Map of the Reef (1992) et The Arizona Record (1993), depuis longtemps introuvables, et rassemblés dans cet album, sobrement intitulé Early times.

On se replonge donc à corps et âme perdus dans cette époque, où, sur la base de fondations fragiles, se construisait une esthétique sonore, que Pavement a su tirer vers le plus grand nombre, et que les Supreme Dicks, récemment anthologisés par Jagjaguwar, ont radicalisée dans une version ultra-singulière. Les Silver Jews se situent bien entre les deux, sans doute plus proche de Pavement, dans la capacité à produire de purs tubes de rock foutraque, mais avec un goût de la déconstruction plus proche des Dicks. L’empreinte Pavement, aussi parce que, à cette époque, Stephen Malkmus (alias Hazel Figurine) et Bob Nastanovich (alias Bobby N.), respectivement chanteur et futur batteur de Pavement, sont membres à part entière des Silver Jews et leur donnent un air de « side project » de Pavement. Des morceaux figurant sur ce disque font d'ailleurs également partie du répertoire du groupe de Malkmus (Secret Knowledge of backroads et West S).

On retrouve, dans ces enregistrements, à l’état embryonnaire, ce qui fera la beauté des albums à suivre des Silver Jews. Son lo-fi magnifié sur ces enregistrements cassettes. Énergie noise et guitares déployées (Canada). Chœurs survoltés (I love the rights). Voix nonchalante, qui se balance de part et d’autre d’une ligne de crête particulièrement étroite (Svm F.T. Troops, The Walnut Falcon). Mélodies géniales et refrains entêtants (Secret knowledge of backroads, Jackson nightz, The Unchained melody). Pochades de contre-culture (Welcome to the house of the bats).

Tout y est, le plaisir d'enregistrer palpable à chaque minute. On les surprend à s'amuser, dans les conditions d'une répét entre potes, nourrissant un style qui révolutionnera la manière de faire et de concevoir la musique, et qui avait eu pour précurseurs R. Stevie Moore, Daniel Johnston, Jandek, et tous ces bricoleurs autodidactes ou non. Libérés, les musiciens allaient explorer des horizons moins balisés et s'affranchir d'un certain nombre de conventions devenues de véritables carcans conservateurs. L'émotion, épurée des artifices de studio, allait enfin revenir toucher l'auditeur dans le plus profond de son être, à notre plus grand plaisir. C’est le parfum de cette époque frondeuse qui se dégage de ce disque fondateur.

Retour haut de page

Pochette Disque Early Times

» Tracklisting

  1. Canada
  2. The Walnut Falcon
  3. September 1999
  4. SVM F.T. TROOPS
  5. THE Unchained Melody
  6. Secret Knowledge of Back Roads
  7. I Love the Rights
  8. Jackson Nightz
  9. The War in Apartment 1812
  10. West S
  11. You Can't Trust It To Remain
  12. The Wild Palms
  13. Welcome To The House of the Bats
  14. Bar Scene From Star Wars

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.