Angel Olsen

Half Way Home

( Bathetic Records ) - 2012

» Chronique

le 15.10.2012 à 06:00 · par Sébastien D.

On l'avait croisé il y a quelques mois donnant la réplique à Will Oldham sur le dernier album de Bonnie Prince Billy et on avait été frappé par cette voix, si mûre et si anachronique. A l'époque, j'avais évoqué Paula Frazer, tant la voix d'Angel Olsen me faisait penser à la chanteuse de Tarnation, et cet album qui sort chez Bathetic ne fait que confirmer cette première impression : ce timbre, ce coffre et cette puissance émotionnelle les mesurent, toutes deux, à quelques grandes chanteuses country, Patsy Cline en tête.

Et la voix incroyable d'Angel Olsen fait entendre sa pleine mesure dès le morceau introductif (Acrobat) pour ne plus nous lâcher de tout l'album. Elle se fait charmeuse d'entrée car elle a des choses à nous dire, cette voix, des choses qu'on n'a pas forcément envie d'entendre, des choses pas très jolies à regarder non plus, mais justement, elle va nous en foutre plein la vue. Pas en éructant ou en s'égosillant, mais en se posant devant nous, assumée et libre. Libre de tout dire et de nous chanter la mort. Alors, bien sûr, quand elle pleure la fin de l'enfance (Safe in the womb) ou plus encore la mère perdue (Lonely universe), elle se fait vibrante, chahutée par l'émotion. Parfois, elle n'est pas loin de délirer, voire sombrer (sur Always Half Strange). Et finit presque par se répondre à elle-même, tellement solitaire, sur des registres si différents qu'on croirait entendre deux chanteuses dialoguer ou se répondre (You are Song).

Et c'est lorsqu'elle se lance dans un exercice contraignant et presque artificiel, lorsqu'elle transfigure le rappel des droits que les policiers américains se doivent de faire à chaque personne interpellée (les fameux droits Miranda qui donnent à la personne interpellée le droit de garder le silence et de bénéficier d'un avocat), que sa voix se révèle la plus intense, la plus évocatrice, la plus maîtrisée aussi.

La musique se fait presque partout discrète, elle accompagne, elle rythme, elle ponctue (comme ces coups puissants de caisse claire sur Can't Wait Until Tomorrow ou cette boite à rythme métronomique sur Always Half Strange), elle met en valeur, dans la plus grande tradition folk, à l'image d'ailleurs de l'atmosphère qui se dégageait des enregistrements du Wolfroy goes to town de BPB. Pas étonnant dès lors que l'on retrouve Emmett Kelly du Cairo Gang impliqué sur l'accompagnement de ces deux albums. Seuls sur deux morceaux, situés aux deux quasi-extrémités de l'album (deuxième et avant dernier morceaux de l'album), le rythme se fait plus enlevé, comme pour donner à l'album une enveloppe plus consistante musicalement, mais sans en altérer ni la première ni la dernière impression de beauté âpre. The Waiting, pourrait presque être considéré comme un honky tonk avec ses chœurs masculins. Et Free, dans un style psyché-folk assez inattendu, constitue la lueur d'un espoir de bonheur dans cet album souvent plongé dans une intense noirceur.

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Pochette Disque Half Way Home

» Tracklisting

  1. Acrobat
  2. The Waiting
  3. Safe In The Womb
  4. Lonely Universe
  5. Can't Wait Until Tomorrow
  6. Always Half Strange
  7. You Are Song
  8. Miranda
  9. The Sky Opened Up
  10. Free
  11. Tiniest Seed

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