Neil Young and Crazy Horse

Psychedelic Pill

( Reprise ) - 2012

» Chronique

le 30.10.2012 à 06:00 · par Eric F.

Une fois n'est pas coutume, Neil Young s'est longuement livré dans une récente interview avec le New York Times où le Canadien évoque, entre autres, l'inexorable passage du temps qui ne l'aura pas épargné. Conscient que sa carrière arrive à sa fin ("I don’t think I’m going to be able to be a musician forever"), Neil Young en profite pour faire feu de tout bois : en l'espace de six mois, il aura sorti une autobiographie et deux albums avec son Crazy Horse. Et là où Americana nous avait mis la puce à l'oreille, Psychedelic Pill enfonce le clou : Neil Young & Crazy Horse semblent encore avoir retrouvé une seconde jeunesse. Driftin' Back est à ce titre une sacrée entrée en la matière : lancée après une courte intro acoustique, la machine Crazy Horse s'emballe en mode jam et ne réatterrira que vingt sept minutes plus tard. On n'ira pas dire que ce morceau ne se perd pas un peu dans sa longueur, mais l'évidente forme guitaristique de Neil Young, sa complémentarité avec Franck "Poncho" Sampedro, ainsi que le mix beaucoup plus clair qu'à l'accoutumée, donnent déjà des raisons de se réjouir.

A l'instar d'Americana, Psychedelic Pill nous montre un quatuor beaucoup trop heureux de s'être retrouvé pour faire autre chose qu'un rock lourd et parfois sale, porté par les déflagrations tonitruantes d'Old Black, la vieille Gibson Les Paul de Neil Young. Seul Love Of Man représentera une facette plus apaisée et réussie, qui nous ferait presque fantasmer sur une collaboration avec les compatriotes d'Arcade Fire. Le Canada pourra se consoler en étant à l'honneur le temps d'un Born In Ontario un peu poussif, sauvé par la cohésion du groupe et son indéniable enthousiasme. Un enthousiasme qui ne sera toutefois pas suffisant pour sauver un Psychedelic Pill qui ne survivra pas à son overdose de flanger. Nouvelle preuve que Neil Young fait absolument ce que bon lui semble, il salope son morceau au riff le plus accrocheur pour mieux nous proposer un mix plus classique en fin d'album qui révèle enfin tout son potentiel.

Mais ça n'est pas parce qu'il clame également qu'il veut une "hip-hop haircut" dans Driftin' Back que Neil Young a fait n'importe quoi. Car Psychedelic Pill a un fort goût de nostalgie tant on y entend les fantômes des splendeurs du passé (Powderfinger, Like A Hurricane et Hey Hey My My rôdent un peu partout). Comme pour mieux expliquer le titre du disque, Young évoque le Grateful Dead et la découverte de Like A Rolling Stone dans un Twisted Road un peu trop englué dans son rétroviseur. Tout l'inverse de Ramada Inn où les flashbacks ne se déconnectent pas une seule seconde du présent. Passant aussi bien à travers les paroles que par les leads de guitare, la narration de cette histoire au couple aussi fatigué que fringant évoque peut-être la relation que Neil Young entretient avec sa femme, ou le Crazy Horse, ou même ses fans; toujours est il qu'on voudrait que cette histoire ne se termine jamais. On ne sort absolument pas repu de ces seize minutes envoyées de main de maître.

C'est tant mieux, car le groupe nous a réservé une nouvelle pièce maitresse avec un Walk Like A Giant abrasif comme jamais. Sonnant comme un terrible constat d'échec de la philosophie hippie ("Me and some of my friends / We were gonna save the world / We were trying to make it better / We were ready to save the world / Then the weather changed / And the white got stained / And it fell apart / And it breaks my heart"), ce morceau est un formidable prétexte à un défouloir de guitares qui tapent du poing sur la table. On n'a d'ailleurs pas de souvenirs de larsens plus tonitruants depuis l'époque du double live Weld. Totalement inarrêtables, Neil Young & Crazy Horse appliquent avec rage les préceptes énoncés dans le morceau (" Whenever I see the big fire coming / Coming to burn down all my ideas / I try to hold to my thinking / And reminder how it feels") jusqu'à la longue catharsis que sont ces quatres minutes de final bruitiste. A ranger aux côtés de trésors tels que Down By The River ou Hey Hey My My, Walk Like A Giant est tout simplement la meilleure réponse que Neil Young pouvait donner à ces jours qui lui filent entre les doigts.

Globalement inspiré et traversé par d'incroyables éclairs (on pourra faire le lien avec Ragged Glory et Sleeps With Angels), Psychedelic Pill confirme de très belle manière le retour au premier plan de Neil Young & Crazy Horse. Débordant d'urgence, de spontanéité, et de maîtrise, l'imposant double album (neuf titres pour une heure trente) efface d'un coup de baguette magique l'aigreur des membres du Crazy Horse, vexés d'avoir été laissés si longtemps sur la touche. On leur donnera d'ailleurs raison tant il est évident que Neil Young ne sonnera jamais aussi bien avec aucun autre groupe, aussi prestigieux soit-il. On ne sait bien sûr pas si tout cela suffira pour le convaincre de poursuivre la route sur sa monture préférée, mais l'épique Psychedelic Pill a dores et déjà de beaux airs de testament.

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Pochette Disque Psychedelic Pill

» Tracklisting

    Disc 1
  1. Driftin' Back
  2. Psychedelic Pill
  3. Ramada Inn
  4. Born In Ontario
    Disc 2
  1. Twisted Road
  2. She's Always Dancing
  3. For The Love Of Man
  4. Walk Like A Giant
  5. Psychedelic Pill (Alternate Mix)

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