Retribution Gospel Choir

3

( Chaperone Records ) - 2013

» Chronique

le 11.02.2013 à 06:00 · par Eric F.

Retribution Gospel Choir a souvent été présenté comme l'échappatoire rock and roll d'Alan Sparhawk. Cela n'aura jamais été si vrai qu'en 2013, tant les nouveaux crus de Retribution Gospel Choir et de Low sont diamétralement opposés. Tandis que le Invisible Way du trio de Duluth donne une légère impression de surplace, ce 3 se place aux antipodes de toute forme de train-train. Comme si le récent et déroutant ep The Revolution n'avait pas suffi, Retribution Gospel Choir a poussé le bouchon encore plus loin dans ses partis pris radicaux. Dépassant les quarante minutes, 3 ne compte pourtant que deux morceaux, chacun se voulant une longue dissertation guitaristique sur un thème martelé plus que de raison. Il va donc sans dire que les fans du slowcore ouaté de Low auront sans doute du mal à intégrer cet aspect beaucoup plus heavy et psychédélique de la musique d'Alan Sparhawk.

Ça serait pourtant oublier le merveilleux et abrasif The Great Destroyer et les salvatrices envolées guitaristiques sur scène. Pas étonnant donc que cet album se retrouve comparé au récent Psychedelic Pill de Neil Young & Crazy Horse. Ne serait-ce que par la durée des morceaux, résolument enclins à faire voler en éclats les barrières du songwriting traditionnelles. Première excursion sonique, Can't Walk Out s'ouvre sur des leads de guitare finalement rejoints par une rythmique stoner qui impressionne. Alan Sparhawk sonne plus possédé que jamais au chant, allant même jusqu'à pousser sa voix dans des retranchements tout à fait inhabituels. L'ensemble est diablement lourd et massif. Certes, Retribution Gospel Choir n'a pas (encore) la faculté d'un Comets On Fire ou d'un Endless Boogie pour rendre ce type de jam totalement passionnant sur une distance aussi longue. Mais oui, ça s'emballe et ça joue très bien, et c'est parfois très prenant. Pas d'autre choix que d'effacer la notion de temps pour se laisser prendre par cet assaut monolithique.

Seven, le second et dernier titre de 3, opte quant à lui pour une option beaucoup moins agressive, même si les guitares rivalisent d'envolées. Il ne fallait pas en attendre moins de la part de Nels Cline (Wilco, Lee Ranaldo Band), invité de luxe qui nous rappelle encore une fois que sa technique et son inventivité planent largement au dessus d'une grande partie de la concurrence. Validant définitivement les comparaisons avec Psychedelic Pill, Seven se veut une formidable ode à l'improvisation qui ne connait pas une seconde d'essoufflement. On a d'ailleurs bien du mal à croire qu'Alan Sparhawk n'ait pas abusé de substances illicites pendant l'enregistrement tant il atteint des hauteurs cosmiques. Toujours est-il que celui-ci tient la distance face à Cline, les deux guitares parvenant à fusionner à de nombreuses reprises en une lave sonique aussi planante que ravageuse.

A l'heure où les disques sont de plus en plus disséqués en deux vulgaires coups de bistouri, Retribution Gospel Choir réussit à s'imposer par la densité de son contenu, qui nécessitera des heures d'écoute pour en saisir toute son ampleur. Encore plus abouti que l'option grunge de 2, le parti pris orgiaque de 3 nous offre un groupe qui confirme encore une fois qu'il mérite bien plus qu'une simple étiquette de "projet parallèle".

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Pochette Disque 3

» Tracklisting

  1. Can't Walk Out
  2. Seven

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