Zebowka

Crazy Zoo

( Chromatic ) - 2013

» Chronique

le 27.03.2013 à 06:00 · par Sébastien D.

Une belle virée au Sud que cet album de Zebówka. Quelque part, là-bas, loin. Sur ces terres colorées et asséchées. De la poussière ocre plein les yeux, de la roche à perte de vue, pas la moindre trace de végétation. Seuls des hommes, raides comme des piquets, la clope aux lèvres, balayant du regard l'horizon à la recherche de ce qui viendrait perturber ce tendre ennui. Des hommes qui caressent leurs guitares de leur voix chaude et profonde. Ce voyage, on l'a fait avec tant d'autres, les Herman Düne (No coins) ou les Little Rabbits (Soul Water) plus souvent qu'on aurait dû, souvent sans jamais vraiment revenir chez soi. Mais qu'il est doux de remettre les deux pieds sur ce sol, de toucher des dix doigts ce sentiment de solitude, heureux (Lonestar) et parfois douloureux (Who are those?), tout en s'autorisant d'intenses moments de partage, l'esprit grand ouvert. Les regrets plein les yeux, on se demande bien pourquoi on s'est encore détourné si longtemps de ces terres sans racines, si hostiles, mais finalement les seules prêtes à nous adopter, fidèles à notre infidélité.

On traverse par moments des bouts de ville dont il ne resterait plus que les bas-fonds crasseux, peuplés de ruraux hagards, intimement déracinés, et hébétés par l'odeur entêtante des égouts. La chaleur des âmes comme seul espoir de s'en sortir à peu près indemne ou le moins abîmé possible, la chaleur des rades où rode la musique des pauvres et des fous comme havre de fin de journée. Les corps s'y assemblent naturellement, sans résistance, enfin livrés à eux-mêmes, sans appréhension aucune de se voir séparés à nouveau. Mais la nuit fait resurgir cette peur, celle de s'enfoncer dans les ténèbres, la tête la première jusqu'à s'y perdre (Spider on my ceiling). Quand survient ce rayon de lumière franche (A Day in March), celui du petit matin, la fraîcheur entre à travers les pores de la peau et fait remonter des traces à la surface, celles laissées par des femmes parfois oubliées, parfois sublimées, toutes irréelles, composant un tableau écorné et jauni, brûlé aux quatre coins.

Cette musique est ancrée dans cette terre, sculptée par le soleil et les larmes, le vent chargé de poussière et ces voix tranchantes qui font frissonner les hommes. Elle est faite de cette chaire brute, dont on se promet cette fois de ne jamais s'éloigner !

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Pochette Disque Crazy Zoo

» Tracklisting

  1. At the top of the hill
  2. Down the city
  3. Soul water
  4. No coins
  5. Booms
  6. Lonestar
  7. Who are those ?
  8. Oh Goss !
  9. A day in March
  10. Spider on my ceiling
  11. She's gone to the East

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