David Grubbs

The Plain Where the Palace Stood

( Drag City ) - 2013

» Chronique

le 22.05.2013 à 06:00 · par Gaël P.

Bien que ce nouvel album de David Grubbs soit signé de son seul nom, ce qui n'était pas arrivé depuis cinq ans (si l'on omet volontairement Hybrid Song Box. 4, bande sonore pour une installation de la plasticienne Angela Bulloch), l'expérience musicale n'en est pas moins ici une pratique collective puisque l'on retrouve plusieurs musiciens à ses côtés. D'une part, les italiens Andrea Belfi (batterie, électronique) et Stefano Pilia (guitare) avec qui l'américain avait publié un magnifique Onrushing Cloud il y a deux ans et qui coécrivent d'ailleurs avec lui deux titres instrumentaux de cet album. En dernière instance, le violoniste C. Spencer Yeh et le musicien électronique Attila Faravelli viennent seconder tout ce beau monde.

Reste que la signature personnelle de Grubbs est tout à fait légitime tant il est fait cas, de manière presque additionnelle, des différentes pratiques musicales qu'il a esquissé durant ces dernières années : des ballades dignes du magnifique An Optimiste Notes The Dusk (The Plain Where The Palace Stood et The Hesitation Waltz, parfaites en tout point de mélancolie instrumentale, les paroles dérivant elles vers l'humour absurde) ; des plages instrumentales ambient qui ravivent le souvenir de l'album avec Belfi et Pilia mais aussi de Gastr Del Sol (sur Second Salutation particulièrement) ; des morceaux plus rock dont The Plain Where The Palace Stood et ce riff inimitable qui évoque la participation de Grubbs en tant que guitariste du Guitar Trio de Rhys Chatham. Qui n'aurait jamais entendu parler du musicien de Chicago pourrait donc facilement, et rapidement aussi (l'album possède la durée classique de quarante minutes), se faire une idée assez fidèle de son univers esthétique.

D'ailleurs, il semble que c'est bel et bien dans la voie d'une forme de popularisation de ses actes les plus expérimentaux que s'insère ce The Plain Where The Palace Stood. Nombreux sont les morceaux courts qui reprennent en effet, de manière vulgarisée, les initiatives de déconstruction, de dévoilement de l'écriture et d'approfondissement de la matière sonore que l'on retrouvait exploitées à travers les longues et uniques dérives des albums Hybrid Song Box. 4 et Thirty Minute Raven. Plusieurs morceaux parviennent également à intégrer cette dimension d'expérimentation (avec ces cuts vifs et nerveux et ces attentes si caractéristiques chez Grubbs) à une dimension décomplexée qui s'approche de l'esthétique pop. Tout ceci se trouve parfaitement résumé et incarné dans Ornamental Hermit, probablement la plus belle réussite de cet album, qui, dans une structure quasi symétrique en trois temps, démontre une dextérité sachant associer écriture ciselée et efficacité rythmique (à noter l'exemplaire moment d'atténuation magnifié par un effet pedal steel comme le soin des intonations vocales). En somme, une belle pierre rajoutée à l'édifice d'une discographie qui poursuit sereinement son chemin sans l'ombre d'une compromission.

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Pochette Disque The Plain Where the Palace Stood

» Tracklisting

  1. The Plain Where The Palace Stood
  2. I Started To Live When My Barber Died
  3. Ornamental Hermit
  4. First Salutation
  5. Super-Adequate
  6. Second Salutation
  7. The Hesitation Waltz
  8. A View Of The Mesa
  9. Abracadabrant
  10. Fugitive Colors
  11. Third Salutation

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