Peter Buck

Peter Buck

( Mississippi Records ) - 2012

» Chronique

le 13.09.2013 à 06:00 · par Eric F.

Même aux plus grandes heures de R.E.M., Peter Buck a toujours fui les lumières des projecteurs comme la peste. C'est pourtant lui qui aura été le premier membre du trio d'Athens à sortir de la retraite imposée par le split du groupe. On aurait plutôt imaginé Michael Stipe proposer un album électro-pompeux et rempli de featurings "prestigieux"... Bien évidemment, Peter Buck est allé dans la direction opposée en livrant un album rock sans prétention, enregistré dans la cave avec les potes Bill Rieflin et Scott McCaughey, également avec Buck chez The Minus 5 et The Baseball Project.

Plutôt du genre à courir les collaborations (Eels, Mark Eitzel ou The Feelies, entre autres) que de tenter de tirer la couverture à lui, Buck s'est donc enfin décidé à faire entendre le son de sa voix. Une première en trente-deux ans de carrière, et qui relève presque de l'anecdotique tant ses prestations vocales sont faibles. Cela aurait pu être problématique si les morceaux les plus pop et bucoliques n'étaient pas menés par le fidèle McCaughey, beaucoup plus à l'aise derrière le micro. Mais qu'importe sa technique rudimentaire, la voix ronchonne de Peter Buck colle à merveille à l'approche simple et décontracté des morceaux énervés du disque.

1000 B.C., en ouverture, en est le parfait exemple : ses trois minutes parviennent à convaincre, malgré sa production quelque peu caverneuse et son boogie crampsien passe-partout. Il faut dire que Buck et ses acolytes compensent par un enthousiasme passionné lorsqu'il s'agit de se lancer dans des rocks old school (l'ultra bluesy Hard Old World en tête). Pas très novateur donc, mais c'est plus qu'assumé. La preuve avec quelques hommages bien sentis aux héros qui ont bercé l'adolescence du Georgien tels que Hound Dog Taylor (Give Back My Wig) et Lee Hazelwood (le très justement nommé Some Kinda Velvet Sunday Morning).

Si Peter Buck n'a pas les atours d'un grand disque, il présente néanmoins l'intérêt de laisser entendre un Peter Buck s'éloigner de ses traditionnels arpèges carillonnants. Si on reconnaitra son inimitable savoir-faire sur Nothing Matters et qu'on relèvera également la présence de Mike Mills sur quatre titres, il est toutefois indéniable que cet album navigue à des années-lumière de la discographie de R.E.M., l'esprit éthylique de la compilation de faces B Dead Letter Office excepté. Aux antipodes de l'image "sérieuse" de son ancien groupe, Buck se laisse ici complètement aller. Un peu trop par moments : on se demande encore comment un "morceau" comme It's Alright (vide intersidéral et sidérant) a pu finir par se faire une place dans le tracklisting du disque.

Enregistré sans pression et avec des invités comme Lenny Kaye ou Corin Tucker, Peter Buck n'a pas vraiment besoin de chercher très loin, comme sur un Vaso Loco aussi jouissif que punk et crétin. Parfois dur à suivre (on passe d'un titre qui semble sorti droit de la collaboration de Buck avec E. sur Daisies Of The Galaxy au garage de Gimme Back My Wig) ce disque s'impose surtout grâce à quelques titres ultra-efficaces qui prouvent que le guitariste a bien dépoussiéré son manuel du garage rocker sur les accrocheurs I'm Alive et So Long Johnny, mais aussi sur Nothing Means Nothing où Corin Tucker, toujours aussi impeccable, vient lui voler la vedette.

S'il donne surtout l'impression d'être sorti pour les fans hardcore du guitariste avec un tirage à 2.000 copies en vinyle, Peter Buck a toutefois le mérite de mettre en valeur l'auto-dérision de son géniteur ainsi que de briser son éternelle et fausse image d'amoureux transi du jeu de Roger McGuinn. Et pour peu qu'on ne se laisse pas rebuter par son côté bordélique, cet album se transformerait même en une belle surprise.

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Pochette Disque Peter Buck

» Tracklisting

  1. 10 Million B.C.
  2. It's Alright
  3. Some Kind Of Velvet Morning
  4. Travel Without Arriving
  5. Migraine
  6. Give Me Back My Wig
  7. Nothing Matters
  8. So Long Johnny
  9. L.V.M.F.
  10. Nothing Means Nothing
  11. Hard Old World
  12. Nowhere No Way
  13. Vaso Loco
  14. I'm Alive

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