Richard Youngs

Summer Through My Mind

( Ba Da Bing! ) - 2013

» Chronique

le 07.10.2013 à 06:00 · par Gaël P.

Richard Youngs nous a toujours habitués à faire peu de concessions sur ses disques, poussant très rapidement vers la sortie les auditeurs les moins avertis. La faute bien souvent à des longueurs interminables (que l'on se rappelle les vingt-cinq minutes de Red Cloud Singular sur River Through Howling Sky) au sein desquelles la forme répétitive ne s'accompagne pas forcément - comme c'est souvent le cas ailleurs - d'un effet hypnotique. C'est que Youngs semble apprécier la répétition dans sa plus grande nudité en évitant tout ornement manquant de justesse. Pour autant, les nombreux albums qu'il sort n'en sont pas moins très variés. Du registre minimaliste concentré principalement sur la voix sur May au folk électrique atonal pas si loin de Jandek sur Amplifying Host (avec Damon Krukowski de Damon & Naomi à la batterie) en passant par Under Stellar Stream et son orientation électronique, l'éclectisme est bel et bien présent dans la discographie de l'écossais.

Avec Summer Through My Mind, identifié par son nouvel label Ba Da Bing! Records comme "a country music album", Youngs s'ouvre là encore une toute nouvelle perspective. Il adopte en effet une certaine sécheresse de ton que l'on doit à la prédominance d'une guitare acoustique, laquelle, au fil des morceaux, ne se trouve nullement diversifiée par de quelconques effets. Si cet aspect pratiquement rustique n'est pas des plus ragoûtants au premier abord - surtout lorsque l'on a en tête la luxuriance du dernier disque de Bill Callahan, Dream River -, il n'en demeure pas moins que l'utilisation d'autres instruments vient créer des effets particulièrement salvateurs tout au long de l'album.

Sur le court terme, cette fonction apparaît comme la brève esquisse d'un sentiment. Ainsi, la guitare électrique fonctionnant comme une pedal steel sur le titre éponyme ouvre une soudaine brèche émotive qui renforce davantage le chant particulièrement entraînant de Youngs. Une même caractéristique que l'on retrouve sur Binary Stars Over Venice dans une teinte toutefois nettement plus gaie. Sur le long terme, de tels ornements semblent dialoguer avec le reste des éléments constituant le morceau en leur distillant un éclat diffus. Un titre comme Spin Me Endless In The Universe ne captiverait pas autant l'attention, tout au long de ses dix minutes, si l'utilisation d'une guitare slide ne venait pas rappeler le rôle, tout en fines nuances, que tenait la guitare de Loren Mazzacane Connors au sein du duo avec Kath Bloom dans les années 1980.

De manière complémentaire, le travail vocal du musicien, plus complexe qu'il n'y paraît au premier abord, accentue également fortement la densité d'écriture des compositions, notamment par des effets de prononciation et un dédoublement du chant jouant sur la profondeur. Cette dernière aptitude, souvent développée par ailleurs sur les disques de Christina Carter, trouve sa quintessence sur Story Of Jhon, morceau au sein duquel Simon Joyner donne la réplique à Youngs dans une narration répétée. La présence de Joyner, une figure du folk contemporain également relativement ignorée, semble bien signifier l'identité d'un album marqué sensiblement du sceau de la musique américaine, celle des chemins de traverse, et dont les divers aspects, loin du simple hommage, seraient ici constamment éprouvés.

Retour haut de page

Pochette Disque Summer On My Mind

» Tracklisting

  1. Mountain Of Doom
  2. Misjudgement
  3. Spin Me Endless In The Universe
  4. Summer Through My Mind
  5. The Future Is So Different Today
  6. Story Of Jhon
  7. Binary Stars Over Venice
  8. Goodbye Oslo Rose

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.