Angel Olsen

Burn Your Fire For No Witness

( Jagjaguwar ) - 2014

» Chronique

le 17.02.2014 à 06:00 · par Sébastien D.

C'est peu dire que cet album est attendu ! La belle Angel Olsen affole les rédactions depuis qu'elle a annoncé la sortie de son deuxième album sur le label Jagjaguwar : pas une semaine depuis le début de cette année sans la diffusion d'une nouvelle vidéo, d'une session (Soirée de Poche, Tiny Desk Concert...), d'un nouveau titre (Pitchfork faisant par exemple de White Fire sa "best new track"), d'un nouveau portrait (celui des Inrockuptibles allant même jusqu'à en faire une "Lana del Rey hantée"). Difficile à imaginer quand on se souvient de la relative discrétion entourant la sortie de son pourtant magnifique premier album, Halfway Home, sur le confidentiel label Bathetic Records il y a un peu plus d'un an.

Et c'est peu dire aussi que ce type de promo nous fait habituellement fuir, d'autant que le premier titre de cet album à avoir été divulgué, Forgiven / Forgotten, semblait être le contrepoint parfait des compositions précédentes. Cette voix autrefois libre et claire paraissait désormais noyée dans une production donnant la part belle à une batterie au rythme enlevé et à des guitares bruyantes. Néanmoins, face à l’appréhension d'une grande déception, le souvenir ténébreux des premiers enregistrements et des frissons procurés par cette voix a été finalement plus intense. Et bien nous en a pris d'avoir balayé cette peur pour écouter ce Burn Your Fire For No Witness.

D'abord pour cette voix qui est toujours aussi fascinante, toujours aussi incroyablement assumée. Tantôt murmurante, tantôt perçante, tantôt légère, tantôt profondément émouvante. Ensuite pour ce White Fire, extraordinaire morceau (Pitchfork n'a pas toujours tort), tragique héritier de Leonard Cohen. Coincé entre les deux titres très alt-country que sont Hi-Five et High & Wild, sa folle densité en fait sans aucun doute le moment le plus intense de l'album, ses paroles donnant d'ailleurs à ce dernier son emblème : "If you've still got some light in you then go before it's gone / Burn your fire for no witness it's the only way it's done". Depuis les premiers mots, "Everyting is tragic", en guise de présage, jusqu'à cette fin lucide, c'est tout le texte qui se répand en nous, inoculant, phrase après phrase, un poison particulièrement funeste. Mais le parfait déséquilibre de cet album tient tout autant à ce cœur à vif qu'à ces troublants Unfucktheworld, Stars, Enemy, Windows, parsemés tout au long de l'album, qui confirment d'abord qu'une orchestration et une production enrichies, quand elles restent discrètes, magnifient ses compositions, mais surtout qu'Angel Olsen est devenue en deux albums et une poignée de cassettes une compositrice et une interprète hors du commun.

Alors bien sûr certains morceaux peuvent apparaître plus anecdotiques, comme ces Forgiven / Forgotten, Hi-Five et High & Wild, davantage taillés pour les ondes et le web, prouvant néanmoins que le changement d'échelle (nouveau label, producteur coté en la personne de John Congleton, groupe attitré) reste malgré tout une épreuve pour l'indépendance, même quand on a, comme Angel Olsen aime le rappeler, la volonté de conserver la maîtrise de tout. On ne lui reprochera pas de prendre ces risques tant que l'on ressortira ainsi chamboulé de l'écoute de ses disques.

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Pochette Disque Burn Your Fire For No Witness

» Tracklisting

  1. Unfucktheworld
  2. Forgiven/Forgotten
  3. Hi-Five
  4. White Fire
  5. High & Wild
  6. Lights Out
  7. Stars
  8. Iota
  9. Dance Slow Decades
  10. Enemy
  11. Windows

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