Belfi / Grubbs / Pilia

Dust & Mirrors

( Blue Chopsticks ) - 2014

» Chronique

le 01.04.2014 à 06:00 · par Gaël P.

Depuis 2010 et la sortie de leur premier album en commun, Andrea Belfi (batterie, éléments électroniques), David Grubbs (chant, guitare, piano) et Stefano Pilia (guitare) élaborent une formule extensible de la musique. Chacune de leurs expériences respectives contribue à alimenter les horizons de leur champ d'action, très large tant du point de vue des genres abordés (ambient, rock noisy, folk, expérimentation) que des émotions soulevées (mélancolie, joie énergique, doute). Sur le dernier album solo de David Grubbs, The Plain Where The Palace Stood, où les deux italiens étaient présents, cette identité se trouvait reformulée dans des vignettes sonores au sein desquelles l'esquisse était préférée à l'accomplissement. Tout en conférant pourtant à cette musique une plus grande immédiateté qu'auparavant.

Ce second album, intitulé Dust & Mirrors, reprend cette posture. Ce qui n'est guère étonnant lorsque l'on sait que les moments des enregistrements des deux disques furent très rapprochés dans le temps. En nombre plus important que sur Onrushing Cloud, les titres abordent dès lors des ambiances musicales fort variées qui bien souvent tranchent littéralement de l'une à l'autre. Et c'est bien au niveau des interactions/transitions que le disque semble faire défaut : bien qu'exécutées d'une manière tout à fait exemplaire, les morceaux paraissent incarner des efforts isolés dont les forces internes ne se complètent nullement au sein d'un ensemble. La fin de l'album en est assez significative. Les enchaînements entre le free-rock d'Ambassador Extraordinaire, le rock noisy de The Headlock et la discrétion expérimentale de Foamy Originale sont hors de toute cohérence. Une politique semble-t-il pleinement assumée de la part des trois musiciens (par évitement d'une logique trop distincte?) mais qui ne parvient pas vraiment à captiver, du moins nettement moins que celle d'un autre trio, Rangda (Chris Corsano/Ben Chasny/Sir Richard Bishop).

Une déception d'autant moins facile à admettre que le premier titre de l'album, Charm Offensive, démontre bien, tout au long de ses quinze minutes, les capacités extraordinaires du trio à évoluer dans une démarche bigarrée tout en maintenant l'attention et l'émotion de l'auditeur. Naviguant entre un canevas math-rock (la symétrie chère à Grubbs y trouve son compte) et des éléments proprement post-rock (cette lente montée mélancolique de grande beauté évitant toute conclusion trop évidente), le style de cette "offensive de charme" - expression anglo-saxonne par ailleurs connotée à l'attractivité recherchée lors des campagnes promotionnelles politiques - déroule une œuvre protéiforme dont les nombreux éléments entrent en correspondance, alimentent un même élan davantage qu'ils ne le divisent. Cette formule longue est ainsi bien plus à même de rendre compte des potentiels rythmiques et sonores de l'américain et des deux italiens. On ne s'y trompera pas en revenant à cet album quasi exclusivement par l'intermédiaire de cette piste à la magnificence tellement ravageuse que la suite reste dans l'obscurité. D'où un vœu : que le trio ne travaille qu'à l'intérieur d'une telle durée.

Retour haut de page

Pochette Disque Dust & Mirrors

» Tracklisting

  1. Charm Offensive
  2. Brick Dust
  3. Cool Side Of The Pillow
  4. The Distance, Cut
  5. Ambassador Extraordinaire
  6. The Headlock
  7. Foamy Originale

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.