Tom Carter

Numinal Entry

( Halatern ) - 2014

» Chronique

le 23.07.2014 à 06:00 · par Gaël P.

Rien qu'en ce début de deuxième moitié de l'année, il est déjà difficile de suivre tous les projets de Tom Carter, lesquels s'amoncellent de semaine en semaine. Il y a eu Four Infernal Rivers, son deuxième album avec Pat Murano de Raajmahal (l'homme également derrière le très bon label Kelippah Records), dont les quatre pistes de vingt minutes chacune requièrent un certain temps d'appréciation. Simultanément, une collaboration avec Helena Espvall a suscité l'édition d'un split avec Jackie-O Motherfucker. Tout récemment, le deuxième album d'Eleven Twenty-Nine, le projet de Tom Carter avec Marc Orleans de Sunburned Hand Of The Man, vient de voir également le jour. Et, enfin, paraît le nouvel album sous son seul nom depuis 2009, ce Numinal Entry constitué de deux morceaux de vingt minutes. Autant dire qu'il me fut difficile dans un premier temps de nommer l'album qui allait bénéficier de quelques lignes.

Le choix de l'album solo - loin de négliger les formules collectives - aura été déterminé par sa capacité à raviver un très bon souvenir. Car Numinal Entry résonne en effet comme un retour à Shots At Infinity, l'album à mon sens le plus intense (le plus complet aussi peut-être) de l'américain et qui était paru chez Important Records en 2008. Tant par l'utilisation de formats longs qui permettent un subtil déploiement de la masse sonore que par la promiscuité d'environnements très différents : la première moitié de Numeral Entry côtoie le noisy drone (entre les efforts de Jefre Cantu-Ledesma et ceux de Pete Swanson) tandis que la seconde vient se placer sous le signe d'un folk minimal rappelant Charalambides. Reste que sur ce nouvel album, il n'y a pas de morceau s'apparentant à Psyche Kinein dans le but d'opérer aisément une transition entre ces deux genres.

C'est dire donc que l'ensemble paraît ici plus étrange, d'une part la musique renvoyant à une surabondance, d'autre part la structure s'évertuant à aérer l'espace. De cette asymétrie étonnante au premier abord, Tom Carter en retire en fait une forme de complémentarité parfaitement maîtrisée grâce à des effets d'évitement. Autrement dit, les moments de grâce sont seulement esquissés et ne viennent pas briser une linéarité qui, finalement, relie structurellement les deux morceaux entre eux. Sur In Us, les segments magiques produits par les éléments électroniques en contrepoint du flux abrasif sont d'une durée si courte qu'ils sont presque imperceptibles. A l'instar des éclats minimaux des lignes de guitares qui viennent s'ajouter au motif mélodique central sur Numinous. Tout en permettant une égale construction en miroir à partir d'éléments pourtant disparates, cette façon de composer de la part de Tom Carter lui assure de ne pas tomber dans certaines facilités et de garder une place de premier plan parmi les musiciens contemporains américains.

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Pochette Disque Numinal Entry

» Tracklisting

  1. In Us
  2. Numinous

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