Loren Connors / Vapour Theories

Split

( Carbon Records ) - 2014

» Chronique

le 29.12.2014 à 06:00 · par Gaël P.

A première vue, on n'aurait sans doute pas pensé à rapprocher le travail de Loren Connors de celui de John et Michael Gibbons de Bardo Pond tant l'un comme l'autre correspondent à un univers bien particulier. Grâce à ce split, on est désormais en mesure de se rendre compte que leurs contributions musicales respectives s'articulent autour de deux similitudes : d'une part, une mise au ban de toute concession lors de l'interprétation, ce qui crée un sentiment de détachement chez l'auditeur qui induit à son tour un fort effet de singularisation de la musique écoutée ; d'autre part, des structures, qu'elles soient à demi-composées ou improvisées, dont l'essence apparaît toujours comme impénétrable, voire parfois inexprimable (au sens où la description par les mots traduit laborieusement ce qu'elle aimerait désigner).

Bien que l'on notera la différence notable de caractère des deux morceaux présents sur ce disque, il n'en demeure pas moins que leur rapprochement dévoile ainsi leurs traits mutuels. Enregistré live au fameux Cafe Oto de Londres, le titre de Loren Connors ferait presque la synthèse des deux tendances de sa discographie avec d'un côté une précieuse mélancolie de notes délicatement délivrées (tributaire des albums des années 1990) et de l'autre côté une ambiance sombre et poisseuse (type Red Mars, album paru en 2011). A ce titre, on discerne par ailleurs combien l'influence de Connors est importante pour Raajmahal, le duo formé par Carla Baker et Pat Murano, dont la musique alterne également entre ombres et lumières. Du fait d'un constant va-et-vient entre la réduction de l'espace sonore, provoquant de nombreuses saturations, et la prolifération de segments d'une étrange quiétude, l'impression d'engourdissement s'accroît progressivement à l'écoute de l'enregistrement, ce qui donne à l'illumination finale une allure de libération magnifique.

De leur côté, les frères Gibbons, aka Vapour Theories, élaborent au fur et à mesure de la progression de leur titre un schéma répétitif lancinant qui finit par former un ensemble confus et sacrément noise au sein duquel le motif initial se trouve rendu quasiment abstrait, relégué au second plan. Si le développement est certainement plus linéaire que le live de Connors aux contours bien plus tortueux, cette dérive à la destination toute aussi incertaine, constituée d'une modélisation psychédélique proche des méthodes de Eternal Tapestry, conduit dès lors également à une sacralisation de l'intensité finale de l'ensemble. Alors que sur Looking For Another Place, l'album de reprises de Bardo Pond paru cette année sur Fire Records, l'instrumentation libérait pleinement son potentiel en contrepoint du chant d'Isobel Sollenberger, elle est au contraire ici maintenue davantage dans le registre de l'esquisse, du moins dans celui de la modération, choix qui n'est pas étranger au parallèle opérable avec l'art de Connors.

Retour haut de page

Pochette Disque Split

» Tracklisting

  1. Cafe Oto, May 14, 2011
  2. Descend, Part 1 (For Bailey)

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.