David Maranha & Helena Espvall

Sombras Incendiadas

( three:four ) - 2015

» Chronique

le 30.03.2015 à 06:00 · par Gaël P.

Aux premières écoutes de ce Sombras Incendiadas, le souvenir de la musique des activistes du label La Novia est sensiblement ravivé, en particulier celle du groupe France dont les rudes sonorités de la vielle à roue, pratiquée par Yann Gourdon, possèdent une correspondance certaine avec les pièces de drone minimaliste de Helena Espvall et David Maranha. Un même caractère massif embrassant pleinement l'espace sonore et se ramassant dans des formules où les variations restent arnachées à l'élan central. A la différence que sur cet album sorti chez three:four, l'intensité dégagée provient de plusieurs instruments - le violoncelle de Espvall, le clavier et le violon de Maranha - et ne s'équilibre pas avec une section rythmique. D'où une attraction basée exclusivement sur les harmoniques et les fréquences.

Déjà réunis en 2007 pour l'enregistrement de l'album de Maranha, Marches Of The New World, l'américaine et le portugais ont retrouvé sans trop de difficultés un terrain d'entente quelques années plus tard. Rien d'étonnant en effet au regard de leurs efforts discographiques respectifs au sein desquels les collaborations, bien souvent en duo, élaborent des structures concourant toujours à des formes de magnétisme : David Maranha que ce soit avec Z'EV, Stephan Mathieu ou tout récemment avec Gerard Lebik ; Helena Espvall au sein de ses partenariats avec Marcia Bassett ou encore avec Tom Carter. Sauf que dans le cas de Sombras Incendiadas, l'indistinction entre les trois instruments - on a réellement peine à démêler les différentes strates sonores - accroît l'impression d'un seul et unique auteur dont l'intention aurait été d'élaborer un catalogue exhaustif de lancinances.

Le dispositif de superpositions assure par ailleurs, pour reprendre les mots de Philippe Robert à propos de la musique de Tony Conrad, une "immuabilité paradoxale car constamment changeante" au flux élaboré par Espvall et Maranha. Bien que découpé en quatre pièces, l'album semble en effet d'une part façonné d'un seule traite dans un geste qui renouvellerait sans cesse son intensité ; alors même que, d'autre part, des éléments distinctifs viennent l'agrémenter de part et d'autre (notamment les vifs mouvements d'archet sur Gadulka Duo et la sonorité typée traditionnelle sur Sandracca). Au contraire de certaines musiques minimalistes, l'oreille de l'auditeur n'est en conséquence pas orientée vers une source sonore clairement identifiée mais est constamment sollicitée en tous sens - et ce d'autant plus que les effets dus à l'amplification des instruments à cordes redoublent de complexité. En somme, Sombras Incendiadas apparaît comme une incantation dévouée à la mise en forme d'une musique dont l'essence serait un perpétuel tiraillement entre le soluble et l'insoluble.

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Pochette Disque Sombras Incendiadas

» Tracklisting

  1. Fleur de Soufre
  2. Gadulka Duo
  3. Resonating Night
  4. Sandracca

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