Mary Lattimore

Luciferin Light

( Kit Records ) - 2015

» Chronique

le 08.12.2015 à 06:00 · par Gaël P.

Jusqu'à la sortie en septembre de l'année dernière de Slant Of Light sur Thrill Jockey, sur lequel elle donnait le change à Jeff Zeigler, Mary Lattimore restait cantonnée à une figure de discrétion, logique inhérente à la place de son instrument de prédilection, la harpe, dans le milieu du folk et du rock. Depuis plusieurs années, son nom est pourtant apparu sur les notes de nombreuses pochettes d'albums, et non des moindres, puisqu'elle a épaulé autant Kurt Vile (Smoke Ring For My Halo et Wakin On A Pretty Daze), Steve Gunn (Way Out Weather), Thurston Moore (Demolished Thoughts) que Meg Baird (Seasons Of Earth). Bien que tout à son honneur, ces diverses collaborations ne lui ont pas pour autant permis de mettre en avant toutes ses qualités. Son duo avec Zeigler, instauré par son premier album solo, The Withdrawing Room, où ce dernier tenait un rôle important dans la production puis concrétisé par la formidable alliance de Slant Of Light, l'aura poussée à s'investir autrement dans le registre de la composition, n'hésitant pas à expérimenter de multiples pédales d'effets.

Enregistré dans sa maison, Luciferin Light, le second album signé de son seul nom, marque un temps d'arrêt dans cette suite ininterrompue de collaborations et apparaît dès lors comme son premier véritable travail en solitaire. Autrement dit, une façon aussi de mesurer l'expérience acquise et d'en extirper un produit de son propre cru. De fait, ce disque tend à combiner et à associer le plus intuitivement possible phases expérimentales et phases mélodiques. Au point même où les unes et les autres se révèlent être leurs propres envers : sur For PTD, la mise en forme progressive d'un canevas mélodique minimal s'appuie sur un système de sons en apparence désorganisé tandis qu'un motif attrayant est ramené par une lente déstructuration à un état informe sur Sleeping In A House With A Lot Of Dolls. Par ailleurs, même si elle emmêle superpositions par effets delay, micro saturations, lenteur et rapidité du toucher, fredonnements même, Mary Lattimore parvient pourtant à offrir un ensemble d'une grande cohérence à l'auditeur qui, magiquement, navigue entre un flux cosmique et limpide, proche parfois de ce que fait Lubomyr Melnyk au piano, et une forme toujours consciente de ce qu'elle fait, à l'image des productions de Christina Carter dont le souvenir est ici alimenté par l'interaction entre dédoublement et répétitivité.

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Pochette Disque Luciferin Light

» Tracklisting

  1. For PTD
  2. Princess Nicotine (1909)
  3. Luciferin Light
  4. Sleeping In A House With A Lot Of Dolls

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