Elisabeth Like a Dream

Shadow / No use to Pretend

( Autoproduit ) - 2016

» Chronique

le 15.02.2016 à 12:00 · par Rebecca L.

Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ?

Je me réveille dans une chambre d’hôtel. Je me suis endormie avec mon casque sur les oreilles. Il y a encore de la musique qui en sort. Une boite à rythme, une guitare tremolo et une voix qui répète inlassablement I’m only a shadow now. Le soleil m’éblouit. Je cherche mon téléphone. Midi dix. Trop tard pour prendre le petit déjeuner à l’hôtel. Je quitte ma chambre. Je marche dans la rue. J’essaie de me rappeler la dernière fois où je me suis couchée dans le même lit deux fois de suite. C’était il y a 8 jours. Une éternité. Je commande un café dans le premier bistrot que je trouve. On me le sert avec une toute petite meringue. Une attention d’autant plus surprenante que l’endroit ne paie vraiment pas de mine. Si je ne traîne pas trop, je serais largement à l’heure pour mon train. On m’avait dit : tu verras les voyages, l’hôtel, on s’en lasse vite. Je ne suis pas d’accord. Après toutes ces années, j’aime toujours autant cette sensation, celle d’être en mouvement, de ne pas être dans un environnement où tout est sous contrôle. Je ne suis pas sûre de m’en lasser un jour.

Dans le train, je remets mon casque. La voix qui m’a réveillée se remet à chanter. Cette voix, c’est Elisabeth Like a Dream. J’écoute en boucle leur EP depuis 3 jours, et quand je dis en boucle, ce n’est pas une façon de parler. J’écoute d’abord la face A : Shadow. Et dès qu’elle se termine je mets la face B : No use to pretend. Etrangement similaire. Ca pourrait être le même morceau, mais non. C’est la même harmonie peut être ? Je remets la face A. Ah non, pas tout à fait. Mais les paroles, il y a des mots qui reviennent… c’est pas le même refrain ? Face B. Ah non, pas exactement. Mais cette guitare, c’est la même dans les deux, non ? Face A. Aaaaah, pas loin, mais non, non plus. Ca me rend dingue. Depuis 3 jours.

Il est rare qu’un 2 titres me procure autant de plaisir. Généralement, je suis toujours un peu frustrée, j’attends l’album pour me faire un avis. Avec Shadow/No use to pretend, je me sens en présence d’une petite œuvre à part entière, d’un court métrage en quelque sorte, qui se situerait dans l’humeur, entre Blade Runner et Lost in Translation. Je me moque de savoir si un futur album viendra vite ou pas, je suis déjà comblée.

Le contrôleur me demande mon billet. Je lui montre un code barre sur mon téléphone et ça lui suffit. Ca me surprend toujours. Je remets mon casque et je fouille dans mon ordi à la recherche de titres qui pourraient m’aider à comprendre mon amour soudain pour Elisabeth Like a Dream. Le morceau Just like Honey, d’abord, des Jesus and Mary Chain, pour la voix, douce et monocorde, Time to pretend des MGMT pour le son synthpop parfaitement maitrisé et Me and my shadow de miss Peggy Lee, pour la beauté glaçante de la chanson.

Voilà ce que j’ai trouvé de mieux pour tenter de décrire ce disque. Un titre de 1985, un de 2007 et le dernier de 1969. Trois morceaux que j’adorais jusque là sans pouvoir leur trouver un quelconque point commun. C’est désormais chose faite grâce à deux rémoises, Aleksandra Plavsic et Myriam Bâ. Formé en 2012, leur duo a donné le jour à un premier EP fin 2013, Sing Sing. On saluera la beauté du 45 tours qu’elles sortent aujourd’hui, c’est Myriam, la bassiste, qui signe la peinture qui orne la pochette.

Mon train arrive en gare. Il pleut. Je marche sous les néons humides en regrettant que mon agenda ne me conduise pas prochainement à Reims pour voir ELAD en live. Il faudra attendre un peu que les demoiselles réalisent une belle tournée dans toute la France. C’est tout ce que je leur souhaite en tout cas. J’arrive au théâtre. Changement de disquette.

La nuit est tombée. La soirée était superbe. Je quitte le confortable canapé du bar de l’hôtel pour regagner ma chambre. Le sommeil n’arrive pas. Je me remets sous le casque. D’abord le clavier, qui m’enveloppe tendrement, puis la voix qui revient telle une confidente, la basse qui me berce, et tout le reste qui m’emmène dans les bras de Morphée, au pays des rêves, au pays d’Elisabeth.

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Pochette Disque Shadow / No use to Pretend

» Tracklisting

  1. Shadow
  2. No use to pretend

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