Liars

They were wrong, so we drowned

( Mute / Labels ) - 2004

» Chronique

le 12.03.2004 à 12:00 · par Antoine D.

Dès leur arrivée fin 2001, le quartet new-yorkais Liars s’était démarqué de ses contemporains par ses capacités hors du commun à allier un sacré grain de folie à une énergie débordante, dans un cocktail détonnant : They Threw Us All in a Trench and Stuck a Monument on Top reste aujourd’hui l’une des plus grandes réussites rock de ces dernières années, un album qui est au punk ce que le Now I got worry du JSBX est au blues. A l’heure du second album, là où les Strokes et autres BRMC (et combien d’autres encore ?) se prennent les pieds dans le tapis du conformisme mollasson et frileux, les Liars ont choisi d’opérer un changement radical d’orientation. Leur inspiration ? Une légende allemande répondant au doux nom de Walpurgisnacht, une nuit où les sorcières essaient leurs balais dernier cri en l’honneur de l’arrivée du printemps, instaurant la terreur chez les pauvres innocents.

They were wrong, so we drowned est un conte à l’éloge de la peur qui relate en dix chapitres la lutte acharnée entre des villageois et ces satanées sorcières. Pour s’en défaire, les Liars ont choisi de faire du bruit, non pas à grands coups de guitares massives et de batterie déchaînée, mais par une voie plus noisy, basée sur l’application de multiples effets sur la guitare et la voix, qu’ils complètent par une électronique qui emprunte régulièrement le chemin du drone. Une nouvelle orientation musicale donc, mais aussi un changement de line-up : deux membres ont quitté le quartet initial, Julian Gross venant ensuite rejoindre Aaron Hemphill et le géant d’origine australienne, Angus Andrew, pour constituer une formation en trio.

Côté production, Steve Revitte (JSBX, Beastie boys, Kill me tomorrow, Lee Perry...) qui officiait sur le premier album, a été remplacé par Dave Andrew Sitek, membre et producteur de TV on the radio, une formation qui compte parmi ses collaborateurs, Aaron Hemphill ainsi que deux membres de Yeah Yeah Yeahs (dont Sitek a d’ailleurs produit les premiers EPs et l’album Fever to tell). A l’image de son travail sur les disques de TV on the radio, Sitek joue un rôle prépondérant sur They were wrong, so we drowned, où il parvient à imprimer une ambiance très singulière : une atmosphère maladive aux allures de messe noire, où chaque larsen, chaque intervention, chaque silence est calculé au millimètre. Dans les incantations morbides proférées par Angus Andrew (Broken witch puis Hold hands and it will happen anyway) ou dans les incursions acérées de la guitare, il règne un climat malsain où se côtoient l’urgence et le macabre, que l’on peut se représenter par l’image d’un zombie désarticulé se déplaçant à la cadence qu’impose la batterie d'un rythme saccadé. Le temps de deux intermèdes (Steam rose from the lifeless cloak puis Read the book that wrote itself), les Liars se livrent à un cérémonial tribal, acerbe et primitif, pour introduire les phases plus emballées du disque, tout d’abord avec They don’t want to your corn they want your kids et ses enchaînements de boucles, puis sur la dernière ligne droite de l’album, inexorable montée en puissance pleine de rage (Hold hands and it will happen anyway et They took 14 for the rest of our lives). Difficile d’accès, They were wrong, so we drowned est un album exigeant, physiquement éprouvant, au climat pesant, où la persévérance porte ses fruits et révèle de nombreuses facettes cachées.

On pensait déjà connaître les atouts des Liars, alors ils nous sortent le joker, une carte un peu folle, une carte pour les joueurs qui savent prendre des risques, et qui, lorsqu'elle est bien utilisée, permet de remporter la mise. Regrettant qu’on les ait catalogué trop rapidement dans un style, Angus Andrew promet déjà que les prochaines aventures des Liars seront encore différentes, suggérant même que le troisième album pourrait très bien être un disque de pop à la japonaise... et à l’écoute de ce second album, on peut légitimement se demander s’il est en train de bluffer. They were wrong, so we drowned apporte une certitude : dans le rock comme au poker menteur, les Liars sont redoutables.

Retour haut de page

They were wrong, so we drowned

» Tracklisting

  1. Broken Witch
  2. Steam Rose From The Lifeless Cloak
  3. There's Always Room On The Broom
  4. If You're A Wizard Then Why Do You Wear Glasses
  5. We Fenced Other Houses With The Bones Of Out Own
  6. They Don't Want Your Corn, They Want Your Kids
  7. Read The Book That Wrote Itself
  8. Hold Hands And It Will Happen Anyway
  9. They Took 14 For The Rest Of Our Lives
  10. Flow My Tears The Spider Said

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.