Mendelson

Seuls au sommet

( Rec-Son ) - 2003

» Chronique

le 24.11.2003 à 18:00 · par Eric F.

Mendelson, ou une idée bien à part de la chanson française. A des lieues de toute idée de prétention et de pose (les fléaux principaux des chanteurs bien de chez nous), Pascal Bouaziz et les siens dressent un constat aigre doux sur eux mêmes et tous ceux qui les entourent (c'est à dire nous) sans que l'on ne sache plus si on doit en rire ou bien en pleurer. Les textes de Pascal Bouaziz sont en effet truffés de petits détails qui appuyent là où ça fait bien mal même si il est parfois dur de ne pas pouffer de rire à l'écoute de certains passages tant la situation finit par devenir grotesque (voir le semi-mac sosie de Guy Marchand dans Les Petits Frères Des Pauvres). Ce troisième album permet de mesurer le chemin parcouru depuis l'acoustique L'Avenir Est Devant, car on sent que l'ombre de Quelque Part plane beaucoup plus ici sans pour autant nous jouer la redite à outrance. Le disque commence d'ailleurs par un La Vie Est Pleine De Surprises assez décevant : Mendelson en version reggae on va dire que ça passe moyen moins. Toi Et Moi redresse quelque peu le niveau et on se sent déja beaucoup plus en territoire mendelsonien, même si il manque une petite étincelle. Je Me Réveille risque de prendre les habitués de la maison Mendelson par surprise tant les paroles semblent optimistes (faut pas rêver) et la musique enjouée, le morceau approchant le plus une pop song de toute la carrière du groupe ! Tout Refaire joue une carte intimiste qui est plutôt bienvenue avant la noire doublette L'Ardèche et Bienvenue à Lacanau où les guitares se font menaçantes (sur L'Ardèche, un long feedback flotte comme une poisse qui colle à la peau) et les paroles définitivement désamparées (Bienvenue A Lacanau voit le narrateur découvrir sa voisine morte dans sa baignoire). Ce N'est Plus La Peine ne remonte pas le niveau, mais au moins, on peut se laisser perdre dans le rythme énervé et moins faire attention aux paroles (d'accord, on n'est pas chez Programme mais une écoute trop attentive de Mendelson peut avoir des conséquences néfastes...). On retiendra de la fin du disque une formidable relecture du Lonely At The Top de Randy Newman par un Pascal Bouaziz déserté par ses camarades, la version francisée du morceau passant étonnamant à merveille, tandis que Les Petits Frères Des Pauvres endosse le costume de la chanson épique du disque, l'acoustique folatrant "joyeusement" (nous sommes chez Mendelson, ne l'oublions pas : tout concept de joie reste relatif) tandis que les paroles de Pascal Bouaziz nous transportent d'un lieu à un autre dans des situations toutes plus regrettables les unes que les autres... Histoire de prouver qu'ils ne maitrisent pas que l'humour noir, le groupe conclut son disque par un Mendelzhön bruitiste et amusant. Si cette année 2003 n'aura pas été très riche en sorties convaincantes côté rock tricolore, il n'en reste pas moins que Mendelson mérite amplement sa place bien haut dans le panthéon, à l'image du nom de cet album.

Retour haut de page

Seuls au sommet

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.