Neil Young

On the beach

( Reprise ) - 1974

Réédité en 2003.

» Chronique

le 22.09.2003 à 12:00 · par Eric F.

On n'osait presque plus y croire ! Maintes fois promise puis repoussée puis re-promise, et ainsi de suite, la sortie en cd de quatre albums du Loner précédemment disponibles uniquement en vinyl et jamais réédités (donc introuvables) précède de quelques semaines la cuvée 2003 du canadien. On The Beach est sûrement celui des quatre qui mérite le plus d'attention. Enregistré deux ans après le carton planétaire que fut Harvest, Neil Young s'éloigne ici de la folk tranquille qui fit sa gloire. Il est indéniable que son succès a eu une forte incidence sur l'élaboration de ce disque qui reste une pépite injustement sous estimée dans une pléthorique discographie où se côtoient parfois le meilleur comme le pire (les années 80 étant la décennie maudite). Bien loin de l'image du cow-boy bien pépère dans son ranch, on sent que notre homme se pose des questions, autant au plan personnel qu'au plan social. Sa soudaine popularité après plusieurs années de galère semble poser des problèmes, un des meilleurs exemples étant le magnifique On The Beach où la guitare s'étire pendant sept longues minutes, le Loner déclarant "all my problems are meaningless but it doesn't make them go away". Ni vraiment folk ni vraiment rock ce morceau est un véritable sommet où les solos de la Les Paul noire se font tout en retenue. Quant à la voix, elle est comme toujours sur le fil, à la limite d'une cassure plus touchante que risible. Les considérations de ce disque ne sont pas uniquement nombrilistes, Neil Young se faisant un critique acerbe de sa société, le Vampire Blues se rapprochant du All Along The Watchtower De Bob Dylan où les marchands de pétrole en prennent pour leur grade. Comme quoi un grand artiste n'est pas que musicalement visionnaire... Le morceau basé sur une construction blues amène de l'originalité par ses quelques changements d'accords bien placés. Le titre le plus virulent restant cependant Revolution Blues où l'appel aux armes n'est pas bien loin. Ici tout ce qui allait (va) mal aux Etats Unis est impudiquement exposé, l'électricité et l'urgence des guitares faisant un remarquable surligneur. Une nouvelle fois, la comparaison avec Dylan peut être faite sur certains vocaux nasillards, cependant inutile de chercher des guitares aussi incisives chez le Zim'. Et comme le Neil Young qu'on préfère est celui qui ne sait pas préférer la rage à l'introspection acoustique certaines plages apaisent les éreintants décharges : le calmissime Motion Pictures étant un morceau dédié à sa première femme, l'actrice Carrie Snodgrass, déjà évoquée dans le A Man Needs A Maid d'Harvest. Bien loin du coup de foudre raconté dans ce titre, c'est ici la déchirure qui est évoquée et la slide semble aussi fatiguée que ce qu'évoque le morceau lui-même. Quant à Ambulance Blues on l'aurait adoré comme morceau de clôture du Big Lebowsky. Une instrumentation acoustique restreinte pour 8 minutes 56 sans un seul solo de guitare, l'harmonica et les violons se chargeant de ne jamais rendre le temps trop long. Ni trop sombre, ni trop optimiste, cet album devrait enfin pouvoir se faire la réputation qu'il mérite, tout en se rappelant que bien des groupes n'ont pas attendu cette sortie en cd pour en faire leur album de chevet, Mercury Rev en tête, déjà auteur de deux reprises de morceaux de cet album.

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On the beach

» Tracklisting

  1. Walk On
  2. See The Sky About The Rain
  3. Revolution Blues
  4. For The Turnstiles
  5. Vampire Blues
  6. On The Beach
  7. Motion Pictures
  8. Ambulance Blues

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