Trapist

Ballroom

( Thrill Jockey ) - 2004

» Chronique

le 21.05.2004 à 12:00 · par Antoine D.

Les circonstances de la naissance de Trapist sont pour le moins inhabituelles, puisque les trois membres de cette formation basée à Vienne ont effectué leur première collaboration sur scène. Dès leur première réunion, l’osmose est alors si palpable que cette performance live se voit rapidement immortalisée sur disque (Highway my friend, sorti chez hatOLOGY). Une rencontre pas tout à fait due au hasard si l’on se rappelle que le batteur Martin Brandlmayr (par ailleurs membre de Radian) et le guitariste Martin Siewert (collaborateur de Christian Fennesz, Franz Hautzinger et de toute une série d’éminents musiciens de la scène autrichienne) avaient déjà officié en duo par le passé (Too Beautiful to Burn, sur Erstwhile Records).

Ce premier album studio débute par quelques secondes de silence, comme pour mieux souligner que le nom du groupe trouve son origine chez les moines trappistes, ceux là mêmes qui vouent un culte à Dieu dans la confraternité et le silence (n’allez pas non plus croire que c’est leur foi envers le morceau 4'33" de John Cage qui les amène à suivre une telle démarche). Mais alors pourquoi Trapist avec un seul "p", me direz vous ? Parce qu’ici, l’étymologie est double et se réfère aussi au mot "trapèze" : et effectivement, Ballroom nous présente un formidable exemple d’un trio doué de capacités innées pour la haute voltige de styles en styles, d’ambiances en ambiances, le tout sans filet car chez Trapist, l’improvisation domine. Sur les premiers titres (Time axis manipulation 1 & 2), nos trois acrobates mettent en place une cinématique très poussée qui leur permet d’imposer des climats changeants : guitare contemplative (Siewert), dialogues contrebasse/batterie (Williamson/Brandlmayr) et incursions de l’électronique s’entremêlent et s’enchaînent grâce à une complicité sans failles, qui rend les transitions très naturelles, au point d’emmener progressivement le trio jusqu’à un drone qui n’en finit plus de s’intensifier (Observations took place). Pour situer un peu mieux le style de Trapist, on pourra rapprocher le trio de quelques pointures norvégiennes, l’approche générale et le jeu exceptionnel de Brandlmayr rappelant à plusieurs reprises les grands élans de Supersilent, tandis que le jeu de Siewert sur For all the time spent in this room n’est pas sans évoquer l’esprit des albums solos d’Eivind Aarset.

Les rares moments de baisse de régime de Ballroom sauront largement se faire oublier tant la plus grande partie de l’album brille d’instants poignants qui se hissent régulièrement au rang du sublime. Trapist réunit trois individualités fortes, mais elles sont mises au service d’une alchimie totale, pour un résultat très intuitif : celui d’une musique en perpétuel mouvement dans une entente inaltérable.

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Ballroom

» Tracklisting

  1. Time Axis Manipulation (part 1)
  2. Time Axis Manipulation (part 2)
  3. Observations Took Place
  4. The Meaning of Flowers
  5. For all the Time Spent in this Room

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