Shalabi Effect

Pink abyss

( Alien8 ) - 2004

» Chronique

le 19.01.2004 à 18:00 · par Antoine D.

Qu'il s'agisse des albums de Shalabi effect où de leurs différents projets solos, Sam Shalabi, Alexandre St Onge, Will Eizlini et Anthony Seck nous avaient jusqu'ici habitués à un développement de leur vision musicale à travers l'expérimentation et l'improvisation dans un registre post-rock régulièrement imprégné des musiques orientales. Loin de rester cloîtré dans son propre univers, cette formation n'a jamais reculé quand il s'agissait de mélanger les styles, n'hésitant pas à se mettre au service d'autres groupes montréalais (Shalabi et St Onge sont par exemple crédités sur plusieurs morceaux de Fly pan am ou de Molasses), et réciproquement, en appelant d'autres musiciens à venir les rejoindre sur les albums de Shalabi effect.

Ainsi, plus que jamais, Pink abyss réaffirme ces deux tendances : d'une part, l'album réunit un large panel d'artistes venus des labels Alien8, Arts & crafts et Constellation, et d'autre part il est propice à une nouvelle orientation musicale puisque le groupe parle ici de "disque pop". C'est sur ce point précis qu'aux premières écoutes, Pink abyss s'avère déstabilisant par la dualité des sentiments qu'il révèle : on est tour à tour surpris par le côté plus accessible d'un groupe que l'on pensait difficile, mais aussi étonné par ce que peut donner un "disque pop" revu et corrigé à la sauce Shalabi. Mais, en lui laissant le temps nécessaire, Pink abyss devient un grand mix aux enchaînements subtils, dans lequel de nombreuses influences musicales viennent se superposer de manière originale. La diversité de cet assemblage se fait sentir dès Bright guilty world, rencontre entre une teinte jazzy (balais pour la batterie, basse), une guitare torturée, une électronique grouillante et la voix sensuelle d'Elizabeth Anka Vajagic. Lorsque Shiva pria propose un mariage clarinette/cordes à la fois sulfureux et évocateur de tension, ce n'est que pour mieux invoquer Blue sunshine, le véritable titre pop de Pink abyss, qui puise son caractère lumineux d'un son de batterie assez inhabituel chez Shalabi effect, et d'une envolée à la trompette signée Charles Spearin (Broken social scene, Do make say think... mais dont on encense plus souvent les talents de bassiste). Certes, l'album pêche parfois par quelques longueurs, comme sur l'introduction hiératique de Iron & blood, qui rappelle le côté mystique des choeurs du This is our punk rock du Silver mt Zion Orchestra. Une introduction d'autant plus facultative que la suite du morceau opère dans un domaine totalement différent, mêlant guitare, oud et percussions. Cette influence orientale déjà largement présente sur The trial of St Orange (2002 - Alien8), fait ainsi son retour sur la seconde moitié de Pink abyss (avec des titres tels que We'll never make it out of here alive ou Imps), sûrement de manière plus accessible, mais toujours avec autant de profondeur et d'habileté lorsqu'il s'agit de mener à bien une ascension psychédélique. Enfin, c'est avec Kinder surprise et son alliage orgue/guitare plus intimiste que se termine l'album, démontrant que Shalabi effect compte véritablement parmi ces groupes où les musiciens se mettent au service de la musique pour mieux la faire avancer.

En témoignant d'ouverture d'esprit et de créativité, bien loin des redondances parfois reprochées aux formations de la scène canadienne, Pink abyss est une belle illustration du bénéfice que la musique pop peut tirer d'une musique souvent incomprise : la musique expérimentale.

Retour haut de page

Pink abyss

» Tracklisting

  1. Message from the pink abyss
  2. Bright guilty world
  3. Shivapria
  4. Blue sunshine
  5. Iron and blood
  6. I believe in love
  7. Imps
  8. Deep throat
  9. We'll never make it out of here alive
  10. Kinder surprise

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.