Blues Explosion

Damage

( Mute / Labels ) - 2004

» Chronique

le 30.09.2004 à 06:00 · par Eric F.

A l’écoute de ce Damage, il y a bien un reproche que l’on ne pourra pas faire à Jon Spencer et son Blues Explosion, c’est celui de rester figer dans un ordre d’idées. Si le groupe a toujours clamé son amour pour le blues ("Blues is still number one") et le rock, on sait déjà nos trois lascars fans de soul, de hip hop, mais aussi de musiques électros, comme Acme / Acme Plus et surtout l’album Experimental Remixes l’avaient laissé entendre. Il va sans dire que l’on est tout de même surpris par l’identité des différents producteurs de ce disque : Dan The Automator, DJ Shadow et David Holmes qui viennent s’ajouter à Steve Jordan, déjà aux commandes sur le stonien Plastic Fang. L’alliance de tous ces noms plutôt diverse et variée donne un disque à son image.

Le disque s’ouvre par une intro idéale avec Damage (dans l’esprit du Calvin d’Acme) qui se retrouve quelque peu salopée par des chœurs bizarroïdes alors que Judah Bauer s’en serait très bien sorti tout seul. Pire, le titre part dans une fin cradingue sur une batterie technoïde alors que Russell Simmins s’en serait très bien sorti tout seul… Burn It Off vient heureusement remettre les pendules à l’heure avec sa rythmique plus traditionnelle et puis on replonge dans l’inconnu avec un Spoiled presque vahiné qui finit par séduire avec les chœurs de Martina Topley-Bird, une invitée elle aussi assez inattendue. C’est avec Hot Gossip que l’album se lance réellement, même si Spencer a des progrès à faire niveau commentaire social ("You can't talk peace when you’re making war"), heureusement que Chuck D vient y mettre son grain de sel. On fini même par se dire que le leader de Public Enemy ferait un bon rockeur tant il est aussi impeccable sur ce titre que sur le Kool Thing de Sonic Youth. Mais si le titre fonctionne si bien, c’est aussi par la grâce de riffs qui font enfin leur effet magique, on était en droit d’en attendre autant du duo Spencer / Bauer ! On se délecte ainsi de Mars, Arizona (morceau aussi poisseux que son titre l’indique) et du superbe You Been My Baby, magnifié par l’e-bow de Judah Bauer, et ce malgré des chœurs bien étranges, une fois de plus. Mais avec l’amusant quoique anecdotique Rivals, on se remet à penser aux versions live de cet album que le trio est déjà venu nous présenter et on se dit que tout le monde y aurait trouvé son compte à ce que les morceaux parlent d’eux même, sans toute cette production massive. Help These Blues est justement le titre qui se rapproche le plus de la scène, ne serait ce que par ses paroles ("Good evening ladies & gentlemen, it is an honour to be here tonight with you everybody. We are… Blues Explosion !"). Il ne reste plus qu’à remuer benoîtement la tête, au pire en s’imaginant le groupe face à soi, ou au mieux devant un carton pâte grandeur nature. Mais drôle d’idée que de faire les présentations sur le neuvième titre de l’album ! Enfin passons, car il y a plus grave : on accueille presque avec bonheur l’insignifiant Rattling tant Fed Up And Low Down est énervant (où comment mal utiliser son énergie débordante). Ce Damage se conclut sur une note un peu meilleure avec un Blowin’ My Mind qui nous rappelle un peu Acme.

Alors voilà, on peut dire que le Blues Explosion a peut-être trop fait preuve d’altruisme avec ses invités quelques fois hors sujet ("Too much shit from the outside" comme le dit Spencer sur Spoiled), mais le fan transi ne retiendra que le positif de cet album qui aurait pu, ceci dit, être vraiment excellent. Après tout, la solution de l’équation se complète, car si "The blues is still number one" et que le Blues Explosion "don't play no blues, they play rock and roll", eh bien le Blues Explosion est donc number two. Ce qui est déjà bien convenons-en.

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Damage

» Tracklisting

  1. Damage
  2. Burn It Off
  3. Spoiled
  4. Crunchy
  5. Hot Gossip
  6. Mars, Arizona
  7. You Been My Baby
  8. Rivals
  9. Help These Blues
  10. Fed Up And Low Down
  11. Rattling
  12. Blowing My Mind

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