...And You Will Know Us by the Trail of Dead

Worlds Apart

( Interscope ) - 2005

» Chronique

le 11.02.2005 à 06:00 · par Arnaud G.

On le sentait arriver avec ses gros sabots, cet album est... Un désastre, un vrai, le genre de ratage qu'on regarde avec une certaine admiration, un immeuble qui s'affaisse dont on ne se lasserait pas de revoir encore et encore la chute, encore plus rude quand on se remémore à quel point Sources, Tags and Codes, leur précédent album, était diaboliquement bon.

Et pourtant tout commence le plus normalement du monde pour les Trail of Dead: 1 minute 16 secondes d'un instrumental tribal, avec choeurs, cordes et tutti quanti, dont on ne sait trop ce qu'il vient faire là, à part peut-être claquer ce qui reste de l'avance de la maison de disques. Pourquoi pas après tout. Donc, jusque là tout va bien, mais ensuite le groupe enchaîne catastrophe sur catastrophe. Chronique d'un massacre.

Will You Smile Again for Me ? se révèle être une sorte d'auto-parodie d'How Near How Far, sans la beauté, mais avec une lenteur élephantesque digne de Muse (la deuxième batterie, quelle merveilleuse idée...), et un final risible : un "Fuck You Man" (tout ça pour avoir un sticker noir et blanc sur la pochette...) sur des voix d'enfants. Lou Reed, es-tu là ? Ah non.

On glisse rapidement sur le morceau éponyme, bouillie sonore infâme qui se termine avec des chants d'oiseaux, pour atterrir sur The Summer of '91, débutant au piano et pour une fois que tout cela s'annonçait plutôt bien, la deuxième moitié du morceau est d'un pathétisme troublant, tout comme la suite de l'album. Y a t-il une seule vraie idée directrice à ces morceaux dénués de sens ? A quoi sert donc l'étalage de techniques et de fric auquel nous assistons. Car oui, cet album sent les billets à plein nez.

Il en va de même pour And the Rest Will Follow, dont le titre nous laisse présager que le reste de l'album va être du même acabit : zéro mélodie digne de ce nom, une succession de phrases musicales enchaînées en dépit du bon sens, un peu comme si chacun des membres avait enregistré sa partie sans écouter les autres : la batterie en fait des méga-tonnes (roulements intempestifs, changements de rythme), la guitare joue le même motif mélodique jusqu'à l'épuisement, et parfois il y a même une chambre d'écho sur la voix. Tout ça sur le même morceau, oui oui. Et parfois même, on pense aux derniers albums d'Oasis, c'est dire l'ampleur du drame.

Jusqu'au boutiste, le groupe décide de carrément sombrer un peu plus sur A Classic Arts Showcase dont le style "patchwork" confine au risible : soit la même idée que Worlds Apart mais cette fois-ci le morceau se termine avec les choeurs féminins du titre d'ouverture qui font semblant de ne pas reprendre The Great Gig in the Sky de Pink Floyd sur Dark Side of the Moon.

Passons également Let It Dive (bon titre), hymne des stades dignes des frangins Gallagher qui finit lui sur des accords de piano qui laissent place à quelques mots en russe, sans doute pour mieux annoncer To Russia My Homeland, instrumental creux d'une minute trente avec des violons et une batterie. Et c'est tout. André Rieu en guest star, cela vire au génie.

Les choeurs font leur réapparition sur All White morceau qui se termine façon Beatles, The Best a un titre très drôle, et The Lost City of Refuge est le premier morceau électronique du groupe, et qui pour ne pas faillir à la tradition imposée se termine ...par des choeurs féminins. Fin de l'album, ouf.

Pour résumer : Trail Of Dead a vendu le très bon Sources, Tags and Codes par centaines de milliers en 2002. Interscope (qui héberge entre autres Queens of The Stone Age) a allongé les billets verts en proportion, argent qui a été dépensé en fringues, choeurs féminins, spécialistes en ornithologie, traductrice russe, disques de Pink Floyd, et éventuellement un responsable artistique pour la pochette, mais ça, on en est moins sûr. Tout ça pour finir en Worlds Apart, dont le huitième degré involontaire en fait une ode unique à la gloire du téléchargement: avec un peu moins d'argent et un peu plus d'idées et de bon sens, Worlds Apart aurait été certes un bis repetita de Sources, Tags and Codes, mais au lieu de ça, c'est le manuel parfait de ce qu'"il faut faire pour rater un disques en 12 leçons". Indispensable.

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Pochette Disque Worlds Apart

» Tracklisting

  1. Ode to Isis (Overture)
  2. Will You Smile Again?
  3. Worlds Apart
  4. The Summer of '91
  5. The Rest Will Follow
  6. Caterwaul
  7. A Classic Arts Showcase
  8. Let it Dive
  9. To Russia My Homeland
  10. All White
  11. The Best
  12. The Lost City of Refuge

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