Birchville Cat Motel

Beautiful Speck Triumph

( Last Visible Dog ) - 2004

» Chronique

le 21.10.2004 à 06:00 · par Antoine D.

Aaaah la Nouvelle-Zélande, ses paysages à couper le souffle, ses moutons, ses navigateurs, ses rugbymen maoris taillés dans la créatine...et sa formidable scène musicale particulièrement douée pour l’expérimentation, le noise et les drones. C’est dans cette dernière "catégorie" que s’inscrit Birchville Cat Motel, projet de Campbell Kneale, qui, depuis 1997 –et jusque récemment souvent sous forme de cassettes et de CDR– enchaîne les disques à une cadence stakhanoviste.

Six pistes instrumentales pour une durée totale dépassant les deux heures pourraient quelque peu effrayer, mais ce double album en tire un réel bénéfice, car si Campbell Kneale possède d’indéniables qualités pour mettre en place ses drones, la longue durée de ce Beautiful Speck Triumph lui permet de les introduire pour mieux les mettre en relief, et ainsi d’emmener progressivement l’auditeur vers des moments fascinants. Avant de s’intéresser aux morceaux eux-mêmes, on pourra adopter un point de vue plus global et dénombrer ainsi plusieurs éléments marquants dans la musique de Birchville Cat Motel. Tout d’abord on relèvera que le recours à un large arsenal de guitares, claviers, vents, violon et autres percussions confère une grande richesse au contenu, mais Campbell Kneale se révèle particulièrement inspiré dans l’utilisation diversifiée de ces instruments: il imprime ainsi un caractère très évocateur à ses compositions, qui reflètent tantôt un milieu hostile et des ambiances très tendues, tantôt des instants contemplatifs plein d’émerveillement. Tout au long de l’album, on remarque par ailleurs que ces décors luxuriants sont habités par une faune que Kneale reproduit soit à l’aide d’enregistrements, soit par des instruments: des criquets sur White ground elder, un cheval au trot sur Trembling frost spires, un chant de baleine imité par le violon sur Speck fears ou encore des oiseaux sur le titre de clôture... autant d’éléments plutôt inhabituels (car, vous en conviendrez, ils sont assez peu souvent associés aux drones ou aux morceaux bruitistes) qui apportent une certaine dose d’exotisme à cet album.

Le premier disque débute par un ensemble de grincements, de craquements et de grésillements qui imposent une atmosphère inquiétante, rappelant parfois les morceaux les plus chaotiques de Volcano The Bear. Dans la continuité, le titre suivant se voit dans un premier temps densifié par des carillons –de façon assez similaire à ce que l’on peut rencontrer chez Charalambides– laissant l’impression d’observer une forêt métallique balayée par le vent. Ensuite, Birchville Cat Motel apaise le jeu et glisse paisiblement vers Speck fears, subtil alliage de nappes d’orgues superbement bercé par les cordes et bientôt complété par quelques notes de piano. Cette première partie est pour le moins contrastée, passant d’un état initial plutôt stressé à un état de plénitude absolue, magnifiquement suggéré par les qualités esthétiques hors du commun de ce dernier morceau de vingt minutes.

On se dit alors qu’il sera difficile pour Campbell Kneale de tenir un tel niveau de qualité au cours de la deuxième moitié... et pourtant, Beautiful Speck Triumph est encore loin d’avoir livré toutes ses surprises. Le second disque démarre sous des hospices plus obscurs avec le titre It’s more fun to compute, point de rencontre entre des notes longuement maintenues en suspension et une mélodie très embrumée jouée à la clarinette. Kneale renoue ensuite quelque peu avec le premier disque, alliant aux drones tout un panel sonique, de la vague mélodie à la guitare aux craquements d’un vinyle, de conversations indéchiffrables à des sons dégageant une certaine anxiété (craquements du plancher, en particulier); tous ces éléments contribuent à rendre le climat toujours plus imprévisible, et ne feront que sublimer le titre final. Et quel final, puisque avec 36 minutes au compteur, le morceau-titre, Beautiful Speck Triumph s’avère être un monument du genre: une juxtaposition d’ondes en oscillation, de guitares abrasives, d’une batterie aussi lente que détonante pour aboutir à un résultat jubilatoire, un décollage surpuissant qui ferait passer les All Blacks et leur Haka pour Les petits chanteurs à la croix de bois chantant Noël. A ce déploiement considérable d’énergie succède un atterrissage en douceur qui laisse les ultimes larsens s’évanouir dans le calme, le titre se terminant ensuite sur une mélodie à la guitare accompagnée du chant des oiseaux, signe d’un retour à la quiétude.

Birchville Cat Motel impressionne considérablement au regard des sommets atteints sur ce double album, en l’occurrence les deux titres qui clôturent chacun des deux disques. La musique de Campbell Kneale apparaît comme une véritable force de la nature, fournissant des instants splendides et ardents, et dont l’effet est d’autant plus réussi qu’ils sont amenés de façon inattendue. Si l’on ajoute à cela une certaine originalité qui rend ce Beautiful Speck Triumph assez incomparable, alors tout est réuni pour en faire un must-have.

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Beautiful speck triumph

» Tracklisting

CD1

  1. White ground elder
  2. Trembling frost spires
  3. Speck fears

CD2

  1. It's more fun to compute
  2. The romance of certain old clothes
  3. Beautiful speck triumph

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