Jeff Parker

The Relatives

( Thrill Jockey ) - 2005

» Chronique

le 28.02.2005 à 06:00 · par Antoine D.

A l'évocation du nom de Jeff Parker, on pense plus souvent à des groupes (Tortoise qu'il a rejoint en 1997, Isotope 217 dans lequel il a officié...) et à ses multiples participations (notamment au sein du Chicago Underground, ou aux côtés de Jeb Bishop, Josh Abrams, Hamid Drake...), mais ce serait oublier que le guitariste chicagoan mène parallèlement une carrière en tant que leader, débutée en 2003 avec Like-Coping (Delmark).

Sur son second album, Parker s'est une nouvelle fois entouré du contrebassiste Chris Lopes et du batteur Chad Taylor, mais le trio du premier album s'est étendu au quartet avec l'arrivée de Sam Barsheshet aux claviers (Wurlitzer et Fender Rhodes). Parler ici de quartet n'est pas innocent, car si Jeff Parker est bien le personnage central de l'action, les quatre musiciens ont en réalité partagé l'écriture de ces morceaux (la piste The Relative, signée de Parker et de Matthew Lux, était d'ailleurs initialement destinée à Isotope 217) et le titre de l'album lui-même indique le nom de cette formation: The Relatives, que l'on pourrait aisément considérer comme un "offshoot band" issu du Chicago Underground. Il va non sans dire qu'au jeu du blind test, les connaisseurs reconnaîtront dès les premières minutes la signature typique du "Made in Chicago", d'autant plus que l'enregistrement a été réalisé au SOMA Studio par l'incontournable John McEntire.

Alors, quels changements ? Là ou Like-Coping misait plutôt sur le caractère improvisé, The Relatives est un retour vers une approche "plus écrite", qui se concentre essentiellement sur les aspects mélodiques. Ne serait-ce que par l'extension du line-up, ces huit nouvelles compositions sont aussi marquées par une densité sonore accrue: de l'activité soutenue de la section rythmique aux alliages guitare/claviers, les instruments tissent ici des toiles particulièrement riches, une situation face à laquelle la formation tire aisément son épingle du jeu, pouvant s'appuyer sur une complémentarité sans failles, chacun ayant par ailleurs une belle capacité d'anticipation sur ses partenaires. Les rôles sont si équitablement partagés que l'on serait donc presque tenté de dire qu'il n'y a pas de véritable meneur, mais c'est bel et bien sur la guitare de Jeff Parker que se focalise toute l'attention.

Certes, The Relatives n'en sera pas le révélateur, mais son jeu ne peut qu'une nouvelle fois forcer l'admiration: la finesse, la clarté et la chaleur sont réunis dans un ensemble où la limpidité et l'élégance sont innées, autant de qualités qui le placent au niveau du tout meilleur de Marc Ribot. D'un point de vue stylistique, l'une des particularités de ce second album réside dans l'affirmation d'une certaine touche "jazz oldschool" qui transparaît à travers des clins d'oeil relativement discrets, sans jamais tomber dans le lourd manifeste passéiste: l'introduction du titre Mannerisms rappelle ainsi de solides grooves des années 60/70 (Traffic Boom de Piero Piccioni, par exemple) et certains choix instrumentaux très caractéristiques viennent souligner cette tendance (la flûte sur Beanstalk, les percussions en arrière-plan sur The Relative), tandis que de manière plus générale, l'album évoque à plusieurs reprises la période fusion de Miles Davis ou de Herbie Hancock.

A retenir parmi les grandes réussites de ce disque, la reprise du When Did You Stop Loving Me, When Did I Stop Loving You de Marvin Gaye Parker nous gratifie d'une belle envolée, ainsi que Toy Boat et sa structure plus moderne, où la guitare s'appuie sur les contrepoints du clavier et de la basse pendant que les cymbales signalent leur présence intensifiée au fil du titre. L'ensemble s'avère qualitativement homogène (en étant tatillon, on pourrait néanmoins relever un essoufflement fugace au début de la seconde moitié), et si l'on devait formuler un reproche, il concernerait plutôt une légère frilosité. En effet, hormis le titre d'ouverture (Istanbul et ses errances, le mélange de guitares acoustique et électrique, l'archet sur la contrebasse et les cymbales effleurées) et l'introduction plus explosive du titre de clôture (Rang, dédié à Michael Zerang), on regrette parfois que le disque ne soit pas plus aventureux, surtout au regard du potentiel exprimé par Jeff Parker sur des albums aux orientations plus expérimentales, en duo avec Scott Fields (Song Songs Song, Delmark, 2004) ou en trio avec Michael Zerang et le non moins fascinant Kevin Drumm (Out Trios Vol. 2, Atavistic, 2003).

Mais après tout, les qualités de Jeff Parker sont suffisamment convaincantes pour qu'il puisse se permettre de jouer sur les deux tableaux, en alternant les formules "libres/abstraites" et les exercices plus "classiques" (et certes, plus convenus). Il reste que The Relatives s'inscrit parfaitement dans l'archétype même du disque agréable et reposé, et qu'il fournira une bonne dose de plaisir aux amateurs.

PS: A noter qu'une édition japonaise est sortie au mois de décembre 2004, avec deux pistes bonus: Where'd You Get Those? (mix by Reminder) et Sea Change (Vicissitude Version) (mix by Ken Brown).

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The Relatives

» Tracklisting

  1. Istanbul
  2. Mannerisms
  3. Sea Change
  4. When Did You Stop Loving Me, When Did I Stop Loving You
  5. Beanstalk
  6. The Relative
  7. Toy Boat
  8. Rang

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