Black Dice

Creature Comforts

( Fat Cat / Pias ) - 2004

» Chronique

le 06.08.2004 à 18:00 · par Antoine D.

Creature comforts marque le retour sur un long format de Black Dice, quelques mois après la sortie d'un EP très prometteur (Miles of smiles), et une fois n'est pas coutume, définir le style de la formation new-yorkaise relève du casse-tête tant elle possède une identité unique. Pour mieux les cerner, on pourra leur attribuer une influence venue de Throbbing Gristle, les apparenter à Wolf Eyes (avec qui ils ont réalisé un split EP en 2003), ou encore mener un parallèle avec Animal Collective puisque la déconstruction des styles (folie furieuse sur Here comes the indian puis folk et pop sur Sung tongs pour Animal Collective, électronique et punk rock chez Black Dice), l'insouciance et l'imprévisibilité des morceaux sont des vecteurs communs aux deux groupes. On ne sera donc finalement pas étonnés de découvrir qu'un titre (Live loop) de ce nouvel album fut justement enregistré lors d'une tournée commune en 2001 par Dave Portner (aka Avery Tare) d'Animal Collective.

Hormis ce court morceau capté sur scène, Black Dice a enregistré Creature comforts en studio mais dans les conditions du live, et s'est attaché les services d'une équipe de production large puisque outre l'habituel tandem DFA sur trois titres, on y retrouve Nicolas Vernhes (récemment entrevu sur Secret wars d'Oneida) ainsi que Steve Revitte (Beastie boys, le premier album de Liars...), pour un résultat équilibré où la personnalité du groupe se révèle à merveille. Car au-delà du son propre des instruments et des machines, l'accent est particulièrement mis sur le caractère imaginatif et improvisé, et c'est donc le rapport instinctif qu'entretient Black Dice avec la musique qui transparaît ici. Si le renouvellement depuis le précédent album (Beaches & Canyons, 2002) est largement palpable, la patte du groupe demeure néanmoins reconnaissable au regard de cette excentricité enflammée qui semble héritée des allumés notoires du moog et de la pop cosmique des années 60. En effet, au royaume du non conventionnel, Black Dice est une anguille, par nature insaisissable dans ses changements de direction, envoyant des boucles de guitare (parfois avec une touche folk comme sur Cloud Pleaser) d'avant en arrière plan, entretenant d'étranges conversations entre machines par l'usage de la stéréo, et balayant toute tentative de rentrer dans le droit chemin par des assauts noisy et abrasifs. Ce facteur bruitiste vient d'ailleurs régulièrement pallier l'absence de beat, il impulse à lui seul la dynamique et s'amuse avec le tempo quand il ne densifie pas le champ d'action. Mais il ne faudrait pas réduire Creature comforts à cet aspect puisque Black Dice introduit, en particulier sur les quinze minutes de Skeleton, une teneur quasi mélodique à travers la répétition et la superposition à l'infini de boucles propulsées par les guitares et qui s'étirent par effet Doppler. Ajoutez à cela une sacrée dose d'audace et vous obtiendrez le morceau Creature : étrange anachronisme entre le primitif (des rythmiques cabossées et tribales venues de nulle part) et la modernité (l'électronique évoque un dialogue entre deux droïdes)... en clair, imaginez une soirée avec R2D2 et les Ewoks dans un kaléidoscope géant, et vous ne serez pas loin du compte !

La grande réussite de Creature comforts réside dans la capacité de Black Dice à détacher l'auditeur du caractère si abstrait de leur musique : en effet, si l'album peut paraître imperméable au premier abord, c'est en injectant une grande dimension ludique à ses expérimentations que la bande new-yorkaise conserve une très belle accessibilité malgré son aspect résolument bancal. Et si par la suite, Black Dice continue à ne pas se prendre au sérieux tout en maintenant le cap du renouvellement, alors c'est une épopée passionnante qui s'ouvre à nous.

Retour haut de page

Creature comforts

» Tracklisting

  1. Cloud Pleaser
  2. Treetops
  3. Island
  4. Creature
  5. Live Loop
  6. Skeleton
  7. Schwip Schwap
  8. Night Flight

» Accès Archives

Copyright © 2004-2013 Millefeuille, toute copie intégrale ou partielle est soumise à autorisation. Contacts. En continu.