Peter Parker Experience

LP, EP's & Bonus

( Green Ufos ) - 2005

» Chronique

le 26.04.2005 à 06:00 · par David P.

Les espagnols sont-ils des japonais plus évolués ? C’est la question que l’on peut se poser en utilisant les études du brésilien Jorge Furtado. Selon lui, « les japonais se distinguent des autres êtres humains par la forme de leurs yeux, leurs cheveux noirs et leurs noms caractéristiques » comme les espagnols. Or, « les êtres humains sont des animaux mammifères, bipèdes qui se distinguent des autres mammifères comme les baleines ou bipèdes comme la poule principalement par deux caractéristiques : le télencéphale hautement développé et le pouce préhenseur. Le télencéphale hautement développé permet aux êtres humains d’emmagasiner des informations, de les mettre en relation, de les ordonner et de les comprendre. Le pouce préhenseur permet aux êtres humains un mouvement de pince des doigts ; celui-ci à son tour permet une manipulation de précision ». Dans le cas du japonais, prendre des CD de la french touch, d’Alain Delon ou des japonais Boris (sans doute du à la confusion avec l’auteur de Miss Camping et de Soirée Disco). Dans le cas de l’espagnol, prendre un double CD de Peter Parker Experience, en se disant qu’il y a peut-être quelque chose de plus qu’une simple collection de vieux morceaux boîteux mais peut-être le début d’une de ces petites histoires (celle du label Lithium) qui ferait la grande si elle existait encore.

Une sorte de petites Editions de Minuit musicales, avec cette école de Lithium menée par Vincent Chauvier dans le rôle du leader maximo Jérôme Lindon. Alors comme chez l’école de Minuit, il n’y avait pas que des Beckett, des Sarraute ou des Pinget, il y avait aussi des Jean Ricardou ou des Robbe-Grillet (toute proportion gardée bien sûr, malheureusement en réalité il n’y a qu’un Pinget, qu’une Sarraute, et qu’un Beckett… et tant de sous Duras). Lithium sera peut-être l’un des derniers artefacts de l’ancien monde, celui d’avant l’atomisation de l’activité musicale, d’avant le « chacun cherche sa niche » dans les méandres du web (ce qui n’est pas négatif en soit, loin de là). Un groupe de musiciens pas complètement coupés du grand public partageant un peu plus qu’un simple air de famille mais un semblant de théorie cohérente commune (« L'esthétique y est très typée, et on y était pas très à notre place » dira plus tard le guitariste de Holden. D’autres parleront de Vincent Chauvier comme d’un membre supplémentaire et obligatoire au groupe, là pour donner la direction, trier. De la à dire que la théorie cohérente commune, c’est Vincent Chauvier qui joue à la sage-femme qui fait accoucher ses groupes de manière musclée si le bébé ne sort pas bien, il n’y a qu’un pas que l’on franchira ou pas).

Mais avant tout ça, il y eu donc un EP chez Cornflakes Zoo en 1992. Fait entre l’aventure Lucie Vacarme et celle de Diabologum, cet EP marque les débuts de Michel Cloup dans l’écriture de chansons. Curieusement, il y a déjà ce qui fera un peu la marque de fabrique des projets suivants. Les reprises décalées (ici, Devant la garage du film « Les parapluies de Cherbourg »), les hommages non déguisés aux maîtres (Danny pour Daniel Johnston) et les règlements de compte. C’est maladroit, c’est terriblement lo-fi (vive le 4 pistes) mais ça a le charme de ses défauts, d’une époque.

Viens ensuite le premier album, fait lui pour Lithium. On lira à ce sujet la chronique des Inrockuptibles de l’époque pour comme d’habitude rire un bon coup. Déjà, par l’utilisation de l’expression de « jeunesse de France » franchement méprisable (une recherche Google donnera en tête des associations catholiques, d’autres d’extrême droite, voir des textes de Raffarin. Damien Saez l’utilisera à son tour). Ensuite, parce que si la compilation aurait pu être nommée « En construction » selon les dires de Cloup dans le livret (court mais instructif), c’est peut être qu’au grand dam d’un journaliste coincé dans une grille de lecture qui voudrait qu’il faut aller faire la nique au voisin (on comprend alors mieux les dérives NMEsques des plus mauvais numéros ou leur goût pour le sous-mùm d’Emilie Simon avant même que l’album soit sorti) dans un genre bien carré et définitif (comme un encart pub, diront les mauvaises langues qui auront oublié que les Inrockuptibles sont même avant-gardistes dans la pub avec le fameux « trou » qui vida littéralement quelques centimètres de tout contenu critique. Tour de passe-passe pour faire croire qu’il y a autre chose autour) plutôt que faire quelque chose de nouveau.

Album inégal et tâtonnant, enregistré dans des conditions très particulières (seul, en plein deuil, etc....), ce premier jet ne manque pas d’intérêt. La marque de fabrique est toujours là, reprise acoustique de Sonic Youth plutôt de bonne facture, quelques citations et hommages (la guitare du couplet des Seigneurs du monde très My Bloody Valentine, l’adaptation d’un poème du surréaliste Philippe Soupault) et de l’humour. Et des règlements de compte plus dirigés vers des personnes en particulier dans les deux véritables réussites de l’album Scotch et Déjà vu. Des morceaux radicaux qui font peut-être la tronche parce qu’il n’y a rien d’autre à faire.

Viennent alors dans la compilation des choses plus anecdotiques. Comme le très bon EP avec Dogbowl qui n’est anecdotique que parce qu’il souffre de trop ressembler à du bon Dogbowl. On notera toujours deux reprises remarquables, l’une de Jimmy Clanton, l’autre, très alcoolisée, du I’ll be Your Mirror du Velvet Underground. Sans Dogbowl, il y a aussi une reprise du 1989 blues de Daniel Johnston et quelques raretés. Ironie du sort, la compilation se ferme sur Gratte Papier enregistrée pendant une session d’enregistrement de démos pour Le Goût Du Jour de Diabologum. Sorte de pendant journalistique de L’art Est Dans La Rue. Diabologum est mort en laissant comme testament A côté qui était du Experience avant l’heure. Peter Parker disparaît en laissant du Diabologum plus rock que ne le sera le goût du jour en album.

Le principe même de la nouveauté veut qu’étant nouvelle, elle ne manque pas, elle ne se pressent pas car elle ne le serait alors plus nouvelle. Cette compilation n’est pas un prémisse de la nouveauté que sera Diabologum et l’école Lithium dans le rock français. C’est un témoignage, une lutte d’une personne qui a les références et la capacité de se complaire dans la facilité de faire ce qui est attendu de lui. Et qui au lieu de ça essaye de se débrouiller comme il peut avec les difficultés de vouloir faire de la musique un peu différente en France, dans un contexte précis, quitte à se planter totalement par moments.

Ce double CD est disponible uniquement en Espagne. Mais le site de Michel Cloup permet de le commander en France a un tarif très intéressant.

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Pochette Disque LP, EP's & Bonus

» Tracklisting

CD 1 : LP

  1. Fière Allure
  2. La Tristesse De L'Eté
  3. Laisse Aller
  4. Chantons L'Hiver Chantons L'Automne
  5. Scotch
  6. Esclave Cardiaque Des Etoiles
  7. Bis
  8. Schizophrenia
  9. Déjà Vu
  10. J'Attends La Mort
  11. Les Seigneurs Du Monde
  12. Les Gouttes
  13. Il Est Temps

CD 2 : EP'S & BONUS

  1. Danny
  2. Phil Collins
  3. Devant Le Garage
  4. Peine Perdue
  5. Introduction (Skit)
  6. Nuage Nuage
  7. One So Black
  8. Venus In Blue Jeans
  9. Citroen
  10. I'll Be Your Mirror
  11. Nuage Nuage (Dirty)
  12. Jammy Life
  13. 1989 Blues
  14. Peter Parker Explosion Theme
  15. Gratte Papier

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