Bonnie 'Prince' Billy

Sings greatest Palace music

( Domino ) - 2004

» Chronique

le 19.04.2004 à 18:00 · par Eric F.

L'épopée Palace n'a pas donné beaucoup d'albums, mais elle n'en reste pas moins marquée par une qualité constante : de la country hantée de There's No One What Will Take Care Of You à la fulgurance de Viva Last Blues en passant par l'intimiste Days In The Wake, il ne fait aucun doute que Will Oldham a rapidement su marquer son époque de son songwriting presque effrayant (Riding, Death To Everyone) mais aussi réconfortant dans les moments les plus difficiles de notre vie. Et c'est sûrement parce que Will Oldham est notre compagnon que nous sommes allés voter pour nos titres favoris des différentes incarnations de Palace sur le site de Drag City.

Drôle d'idée que ce best of qui n'en est pas vraiment un : des vieux morceaux donc, choisis par les fans (que c'est beau la démocratie) et remis au goût du jour par l'étiquette Bonnie "Prince" Billy. A vrai dire, il devient désormais presque inutile de s'attarder sur les identités du bonhomme : que ses disques sortent sous son propre nom ou je ne sais quel pseudo n'empêche pas ce fameux songwriting torturé d'être fidèle au rendez vous. Drôle d'idée donc, puisque Will Oldham a du réapprivoiser certains titres qu'il avait un peu oublié, mais surtout les apprendre à des musiciens de studio de Nashville. Et c'est là que la situation se complique. Bien sûr, se faire reprendre (sous vos propres yeux en plus) par Johnny Cash doit vous marquer un homme, et si l'on peut considérer ce best of comme un tribute au Man in Black (le seul et unique), certaines relectures peuvent nous mener à cette question angoissante : Oldham se foutrait-il de notre gueule ? L'immense Ohio River Boat Song (premier titre commercialisé de Palace) est ici livré dans une version digne d'un aspirant au Grand Ole Opry peu inspiré tant les violons dégoulinent de miel. Il y a de quoi crier au massacre d'un monument. Jeter la pierre aux "requins" de la musique sur ce disque serait un peu facile, et puis ne retrouve-t-on pas la formidable voix de Mary Stanton (qui égayait Master & Everyone) ainsi que celle de l'ami David Berman (sur No More Workhouse Blues), comme un clin d'oeil à la collaboration Silver Palace finalement avortée ? Avec le Lambchop Mark Nevers aux manettes, il va sans dire que les fans du récent Master & Everyone rentreront peut être plus facilement dans cet univers plein de paille. Et si la paille peut faire l'effet du poil à gratter, elle peut aussi faire un agréable matelas. Car il serait très exagéré de porter ce "Greatest Hits" (mais quels hits ?) au bûcher. Les séminaux West Palm Beach et Agnes Queen Of Sorrow ont plutôt fière allure dans leurs habits du dimanche campagnards. On pourra bien sûr regretter l'absence de l'hilarant solo hard rock FM original d'Horses, même si l'instrumentation a un peu tendance à enfoncer un clou déjà bien planté. Réinterprété dans une version assez proche des concerts d'Oldham, Riding est un des titres qui tire le mieux son épingle de ladite botte de paille, bien que la terrible tension originale soit partie.

Et on se dit que ce disque, après tout, est surtout une déclaration d'indépendance de Will Oldham : oui, il est incapable de garder un nom d'artiste sous lequel classer son oeuvre (pas facile de ranger ses disques dans une étagère); oui, il fait ce qu'il veut de ses titres, leur donnant un jour une forme bien délimitée et des libertés parfois un peu trop exagérées le lendemain; oui, Will Oldham adore se trouver ailleurs que là où on l'attend. Les pistes ont beau être brouillées en permanence, l'étable de Will (Stable Will) est sans conteste un des bordels les mieux tenus des Etats-Unis.

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