Love As Laughter

Laughter's Fifth

( Sub Pop ) - 2005

» Chronique

le 27.06.2005 à 06:00 · par Eric F.

Il ne fait aucun doute que Sam Jayne est encore un de ces diplômés de la Neil Young High School of Rock and Roll (exemple évident parmi tant d'autres : la guitare et les "la la la la" dignes de Down By The River sur In Amber). Mais lui, il serait plutôt du genre à montrer ses fesses lors de la remise des prix... Non pas que notre homme aime particulièrement faire le pitre, mais il a une forte envie de faire ce qu'il lui plaît, quand ça lui plaît.

Comme le titre de l'album l'indique, il s'agit du cinquième disque de Love As Laughter et s'il semble moins débraillé, il n'en reste pas moins indiscipliné. D'une humeur moins surexcitée que les précédents opus (on se souvient encore tremblant de l'exaltant I'm a Bee), ce disque par son insolence n'en marque pas moins une nouvelle maturité. Puisque l'on n'est pas à un paradoxe près, Sam Jayne balance de parfaites bombes rock sans pour autant se déchirer, et offre des chansons lacrymales tellement embourbées dans le misérabilisme qu'on en finit par éclater de rire (Corona Extra et sa rupture improbable sur fond d'accords bluesy classieux, avant l'arrivée d'un solo de... kazu !), comme si ce costume de dépressif était un peu trop étriqué pour être vraiment crédible. On sent donc que la musique n'est pas trop poussée tant tout semble sortir en direct, et même quand c'est raté, ça reste délectable : les choeurs archi-faux de Canal Street renvoient à d'autres stars du genre, les frères Jack et Jeff Lewis.

Considérer le cerveau de Love as Laughter comme un fieffé slacker serait tout de même dommage : si les débordements électriques sont rationnés cette fois-ci, ils n'en décollent pas moins du fauteuil l'auditeur ébouriffé par tant de talent non recherché. Et quand les riffs se mettent à pleuvoir (I Won't Hurt You) on comprend qu'on tient là un grand groupe, qui ne passe pas loin de la chanson pop parfaite sur Idol Worship ! Idol Worship ! (et vas-y que je t'égratigne encore la télé réalité après Temptation Island) ainsi que Dirty Lives, judicieusement choisi par Sub Pop pour représenter le disque sur sa page de téléchargements. Sans oublier le final Makeshift Heart où l'on a le droit à un formidable réquisitoire amoureux... dépité de ne pouvoir atteindre que le répondeur. Ce qui devait arriver arrive, le morceau perd contrôle et part dans tous les sens, mais encore une fois avec brio.

Laughter's Fifth, jamais ennuyeux une seule seconde, se trouve à mi-chemin entre un disque de rock campagnard et un album totalement citadin et se révèle être un parfait complément au Shishimumu de Phantom Buffalo, deux disques qui sont aussi différents qu'ils partagent un esprit conquérant identique. Love As Laughter n'en est pas à une contradiction près et on ne s'en plaindra pas.

En voilà un qui peut être fier de faire rimer glandeur et seigneur, depuis le temps qu'on attendait ça. On comprend maintenant pourquoi Jay Mascis, qui accompagnait le groupe sur scène l'an dernier, s'est fait des cheveux blancs...

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Pochette Disque Laughter's Fifth

» Tracklisting

  1. In Amber
  2. I Won't Hurt You
  3. Idol Worship! Idol Worship!
  4. "Survivors"
  5. Every Midnight Song
  6. Dirty Lives
  7. I'm a Ghost
  8. Canal Street
  9. Pulsar Radio
  10. Corona Extra
  11. Makeshift Heart

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