le 11.07.2005 à 06:00 · par Eric F.
Bonjour, un peu de silence s'il vous plaît. Nous allons procéder au tirage au sort de votre épreuve... Tiens, ça va faire plaisir aux indie kids, le sujet est : "Stephen Malkmus est il un artiste qui a su rester pertinent ?". Vous avez une heure...
Ah, me voilà bien, le Malkmus ces derniers temps, j'ai pas trop révisé. Si je comprends bien, la question que l'on me pose, c'est de savoir s'il est toujours aussi intéressant de se plonger dans un disque de Maître Slacker. Autant dire qu'il y a du boulot avant de répondre et que les réponses thèse-antithèse vont fuser. Premier point aussi négatif que paradoxal, il semble évident que Stephen Malkmus a perdu quelque chose en route depuis la fin de Pavement, ce qui est tout de même étrange quand on sait qu'il faisait presque tout tout seul sur la fin du groupe, ce que les experts connaissent bien sous le terme scientifique de Syndrome de Corgan. Comme quoi, preuve est faite qu'il ne suffit pas d'avoir des compositions au niveau (ça n'a jamais vraiment été un souci pour notre grand déguingandé), mais qu'il faut leur insuffler une petite dose de folie. On fera d'ailleurs bien attention d'éviter l'inévitable comparaison de son nouvel album avec Wowee Zowee, à peu près aussi hors sujet que de comparer chaque nouvel album d'Oasis avec Definitely Maybe. Tiens justement : "Ne crois pas la vérité" clament les mancuniens, Malkmus nous incite, lui, à lui faire face. Simple anecdote ? Pas tant que ça, quand on sait que l'américain clama un jour être capable de torcher des chansons de la trempe de Wonderwall. Sans vouloir l'offenser, on les attend toujours...
Faisons fi de toutes ces considérations pour se concentrer sur cette troisième livraison en solitaire. Qui commence en naufrage complet avec l'introduction insupportable de Pencil Rot. Le niveau remonte avec un It Kills déjà rodé sur la route depuis pas mal de temps. La version studio rivalise d'ailleurs fort bien et on se demande un peu à quoi servaient les Jicks, sinon à faire décoration tant Malkmus s'en sort bien tout seul.
Attention à ne pas aller trop loin, car on ne parlera pas du sacro-saint "album de la maturité" tant Stephen Malkmus semble condamné à une adolescence éternelle, responsable de pas mal de travers. Bien sûr, le côté un peu fou fou, c'est surtout pour ça qu'on l'aime le Stephen, ça et sa voix nonchalante. Mais à l'image de Pig Lib et de ses solos parfois indigestes, on sent que Face the Truth est coupable d'un peu trop de complaisance par moments (un Kinding for the Master disco funk !?!). On pourra le regretter d'autant plus que c'est souvent en faisant simple qu'il fait mouche : Freeze the Saints confirme définitivement une grande aptitude à écrire des petites ballades imparables, à l'image de Range Life ou du superbe Ramp of death de Pig Lib. On retrouve également un savoir-faire pop indéniable sur les entraînants Mama et Post Paint Boy à écouter comme ils ont été enregistrés : les doigts de pied en éventail. Baby Come On est quant à lui le morceau le plus efficace de l'album.
Et si l'épique No More Shoes (Malkmus joue à l'infirmière sonique) fait un bel effet du long de ses huit minutes, on peut considérer qu'il s'agit d'un trompe-l'oeil : on peut en effet regretter un certain manque de prise de risques. Avec ce troisième disque en solitaire, Stephen Malkmus ne nous propose rien que l'on ne connaissait pas déjà.
Pour conclure (succinctement) et répondre à la problématique initiale : notre homme n'a plus grand chose d'un grand nom si ce n'est son glorieux passé, mais ses disques resteront toujours assez agréables pour qu'on ne les jette pas au bûcher.
Tout comme l'auteur de cette chronique, Stephen Malkmus est condamné à faire ses preuves au rattrapage. En attendant le bal de fin d'année avec Pavement ??? (La mode étant aux reformations, sait-on jamais...).
